Toyota – Onnaing : vers un lent redémarrage

22 Avril 2020

La presse s’est précipitée vers l’usine mardi 21 avril pour filmer le « redémarrage de la production chez Toyota »… puisque cette entreprise était devenue le symbole de la reprise dans l’automobile en France.

Mais au-delà de la propagande patronale, la production ne pouvait sortir des ateliers avant jeudi 23 avril, et encore à minima.

La direction a senti le mécontentement massif contre une reprise complète de l’activité, alors même que le quotidien La Voix du Nord titrait ces derniers jours que le Valenciennois était un « cluster » d’épidémie de Covid-19 dans la région… Les chefs convoqués à l’usine pour appeler tous les ouvriers un par un ont mesuré que le climat n’était pas favorable.

Peut-être la direction a-t-elle aussi d’autres raisons de ne pas accélérer la reprise. Certes, 85 % de la production est exportée, mais en France comme dans de nombreux pays, les points de vente sont en grande partie fermés… et les Yaris ne sont pas le genre de voiture livrées à domicile comme certains modèles de grand luxe ! Le parking d’expédition reste toujours très rempli.

En tout cas, au CSE du lundi 20 avril, la direction faisait manifestement beaucoup d’efforts pour arrondir les angles. Les mesures proposées aux syndicats sont moins défavorables que ce que la loi permettrait. Ainsi les trois semaines de congés d’été sont maintenues ; la possibilité de s’accaparer six jours de congés par salarié est écartée ; les congés posés pendant la période de chômage partiel pourront être rendus aux salariés ; une prime de panier de 5 euros est prévue pour compenser la fermeture des restaurants de l’entreprise quand la production reprendra ; la prime d’équipe sera maintenue bien que le travail se fasse en horaire de jour. Et, pour les jours de chômage partiel, la direction propose de compléter à 100 % les salaires et les primes, en contrepartie d’une seule journée de congé payé abandonnée.

La perte cumulée des salaires due au chômage partiel se monte à 1,8 million d’euros… le prix de 90 Yaris seulement, alors qu’il s’en produit 1 100 par jour en temps normal. Les actionnaires auraient largement les moyens de compenser cette perte sans contrepartie, et même de payer les salaires sans faire appel au chômage partiel indemnisé par l’État.

Alors, les postes sont en train d’être réorganisés pour limiter la proximité des ouvriers, des séparations sont en cours d’installation, mais travailler toute une journée avec un masque, sans restaurant, sans cafétéria, avec des gants pas forcément renouvelés aussi souvent que nécessaire alors qu’on manipule les mêmes pièces, ce sera difficile. Et la « distanciation sociale » pesante qui limite les contacts, sera sans doute difficile à supporter.

4 500 salariés regroupés dans une usine, c’est plus de deux fois l’équipage du porte-avions Charles de Gaulle. Mais ce n’est pas la pleine mer, tous sont immergés dans la population, et le risque d’une explosion de l’épidémie dans la région est réel, du simple fait d’être ensemble 8 h par jour et cinq jours par semaine.

Il est urgent que des tests au moins puissent être effectués, avant même les premiers symptômes de la maladie. Car outre le risque d’être contaminé soi-même, c’est celui d’amener la maladie vers leurs familles qui inquiète le plus les travailleurs. Il faudra que collectivement ils imposent leurs propres choix.

Correspondant LO