Michelin – Cholet : reprise de la production... à la sauce patronale

22 Avril 2020

À partir du mardi 14 avril, les ouvriers de l’usine Michelin à Cholet étaient appelés à reprendre le travail. La direction avait garanti dans la presse locale et nationale que des mesures « drastiques » de protection des salariés seraient prises pour permettre la reprise de la production en toute sécurité. Sans surprise, la réalité a été tout autre.

Tout d’abord, la direction avait affirmé que la reprise du travail cette semaine-là serait limitée aux seuls volontaires. En fait, les chefs d’équipe ont appelé les salariés un par un, en se gardant bien de leur dire qu’ils avaient la possibilité de refuser de reprendre. Un mensonge par omission, en quelque sorte, car la direction voulait être sûre de ne pas manquer de main-d’œuvre. Ses craintes étaient fondées, car sur 1 300 salariés, 50 % ont refusé de revenir.

L’hypocrisie de la direction s’est vite confirmée sur la question des masques. Comme elle ne dispose pas de masques en quantité suffisante pour tous les ouvriers, elle les a autorisés à ne pas en porter en permanence. Mais dans le même temps, elle promet des sanctions exemplaires à ceux qui se parleraient sans masques. Michelin tient ainsi un discours de culpabilisation, afin de dégager sa responsabilité pour toute contamination qui se produirait à l’intérieur de l’usine : elle serait forcément la faute des salariés, pas la sienne !

Michelin, qui n’est pas plus en mesure de généraliser les tests, s’est vanté de prendre la température de tous les travailleurs à l’embauche. Certes, lors de la semaine de reprise, cela s’est appliqué. Mais dans la pratique, les salariés avec une température supérieure à 38° ont tout de même été autorisés à pénétrer le site, du moment qu’ils portaient un masque. Cette irresponsabilité du patron a choqué bien des travailleurs qui, avec l’appui de quelques délégués syndicaux présents dans les ateliers, ont réussi à faire que la direction renvoie chez eux tous ceux qui avaient de la fièvre.

En réalité, les promesses de sécurité faites par le patron ont été si peu ou si mal tenues que tout au long de la semaine, les travailleurs présents ont dû s’organiser collectivement pour se protéger.

La reprise du travail a débuté par un travail de bagnard : vider la gomme restée collée aux intercalaires et aux bobines depuis le 16 mars. Cela ne pouvait se faire qu’à genoux voire couchés, en tirant comme des forcenés. Le risque d’accident était évident, la direction n’avait rien anticipé et comptait sur la débrouillardise des ouvriers pour faire ce travail. Face à ce mépris évident pour leur santé et leurs conditions de travail, plusieurs ouvriers ont réagi tout simplement en retournant chez eux.

Au fil des jours, si des conditions de travail moins dangereuses se sont mises en place, c’est entièrement grâce à l’initiative des travailleurs sur place et pas grâce aux prétendus « responsables ».

Correspondant LO