Pic et plateau : des images trompeuses

15 Avril 2020

Le Premier ministre et le directeur général de la Santé parlent maintenant de plateau haut à propos de l’épidémie et affirment que le nombre de patients en réanimation diminue. C’est une présentation pour le moins tendancieuse.

Le séjour en réanimation des patients atteints du Covid-19 est au minimum de deux semaines. À l’échelle nationale, le nombre de patients sous respirateur diminue un peu car les nouvelles entrées sont moins nombreuses que les décès. Mais il ne s’agit pas encore de patients guéris !

En Île-de-France, l’épidémie semble bien ralentir et le nombre de malades entrant à l’hôpital diminue, mais une fraction d’entre eux va encore avoir besoin de réanimation et les patients qui y sont admis sont environ 2 600, alors que la capacité initiale de lits de réanimation était de 1 500.

Les responsables politiques parlent par images et évitent soigneusement de décrire la réalité. La saturation des réanimations signifie que des patients y sont refusés, ce qui leur ôte toute chance de survie. Mais pour ceux qui accèdent à la réanimation aussi, les chances sont diminuées. Le personnel est formé à la hâte. Souvent les soignants ne se connaissent pas, car beaucoup viennent en renfort d’autres hôpitaux. Les surblouses, les masques manquent. On doit mélanger plusieurs médicaments dans une seule seringue. Les règles d’hygiène martelées depuis des années sont brutalement abandonnées car le matériel n’est pas suffisant pour les faire respecter.

Les hôpitaux ont été entièrement réor­ga­ni­sés pour faire de la place aux patients atteints du Covid-19 et tout le monde se demande où sont les autres malades. Certains ont peur de venir à l’hôpital et retardent leurs soins. Mais d’autres, mêmes cancéreux, ont vu leur chimiothérapie ou leur chirurgie repoussées malgré le risque que cela représente. Les centres d’IVG ont vu chuter le nombre de leurs patientes, qui risquent là aussi de venir trop tard. Il reste encore beaucoup d’incertitudes scientifiques sur cette maladie, sur les mécanismes par lesquels le virus attaque les organismes et sur les traitements possibles.

Par contre, c’est avec certitude qu’on peut affirmer qu’une grande partie de la mortalité actuelle est due non pas au virus mais aux économies réa­li­sées depuis quarante ans dans le système de santé.

Jean POLLUS