Pénurie de médicaments : la faute à la mondialisation ?

15 Avril 2020

La « mondialisation » est accusée, en plus d’avoir facilité la propagation du virus, de mettre en péril l’approvisionnement en produits de première nécessité, à commencer par le matériel médical et les médicaments.

Concernant la production de médicaments, il est indéniable que son organisation actuelle, à flux tendu et concentrée dans sa très grande majorité en Chine et en Inde, joue un rôle dans la pénurie. Des médecins et des personnels soignants, entre autres, le dénoncent depuis de nombreuses années. L’épidémie, avec l’explosion des besoins, vient aggraver un peu plus une situation très tendue.

Le bon sens commanderait évidemment de diversifier les lieux de production, et de constituer des stocks pour faire face aux aléas. Mais le bon sens n’est pas la priorité des capitalistes de la pharmacie : ils décident en fonction du montant de leurs profits, et choisissent quel médicament produire, où et à quel prix le vendre, et quels médicaments abandonner, même s’ils sont vitaux pour des milliers d’individus, mais pas suffisamment profitables.

La production de médicaments est ainsi à l’image de toute l’économie, organisée en fonction de leurs intérêts et donc du profit qu’ils peuvent dégager, par les principaux trusts mondiaux, en concurrence les uns avec les autres. Produire à une échelle plus locale en évitant des transports inutiles serait sans doute plus rationnel dans bien des secteurs, mais la question essentielle est de savoir qui en décide, autrement dit dirige les entreprises, l’économie et la société.

« Relocaliser », par exemple la production de médicaments, empêcherait-il les capitalistes de la pharmacie d’imposer leur loi à tous et de continuer à produire uniquement ce qui leur rapporte, même à flux tendu et en risquant la pénurie, pourvu qu’ils augmentent leurs profits ?

Maîtriser la production est une nécessité pour la société. Mais cela nécessite d’exproprier les grandes entreprises, de renverser la bourgeoisie et son État, pour organiser rationnellement l’économie sous le contrôle des travailleurs, et des consommateurs.

Jacques Le Gall