Levée du confinement : Macron entre deux chaises

15 Avril 2020

À en croire Macron, le confinement devrait être progressivement levé à partir du 11 mai. Est-ce à dire qu’il a la certitude que l’épidémie sera éteinte et la conviction qu’elle ne redémarrera pas ? Non ! Sa seule conviction est que l’économie doit repartir, que les usines, l’exploitation capitaliste, et les profits qui vont avec, doivent redémarrer.

Depuis maintenant plus de trois mois, les spécialistes du monde entier le disent et le redisent : contre ce virus qui se transmet par les éternuements, la toux, les postillons et tout ce qu’ils ont souillé, alors qu’on ne connait pas grand-chose de l’évolution de cette maladie pour laquelle on n’a encore ni traitement ni vaccin, le confinement (la bonne vieille quarantaine d’autrefois) associé aux gestes barrières, aux règles de distanciation sociale et aux masques, restent la seule parade pour éviter la propagation de l’épidémie.

Le confinement a eu quelques résultats. Le rythme de propagation du virus a ralenti, comme en témoigne la courbe du nombre de malades hospitalisés et le fameux plateau auquel elle semble être arrivée. Mais cela ne veut pas dire que l’épidémie est jugulée pour autant. 85 % des personnes contaminées par le virus ne présentent aucun signe de la maladie. Si demain, elles échappent au confinement, elles propageront le virus à d’autres, transmettront la maladie qui repartira.

C’est à ce risque que Macron expose la population quand il affirme que l’industrie, les commerces et les services redémarreront après le 11 mai et que, pour ce faire, crèches, écoles, collèges et lycées rouvriront, condition essentielle pour que les parents retournent au travail.

Tel un équilibriste, Macron tente de jongler entre les impératifs sanitaires dictés par les conseils scientifiques et les impératifs économiques de ses maîtres du Cac 40. Il en va ainsi depuis le début de l’épidémie.

Avant de lever le confinement, il faudrait pouvoir apprécier le développement de l’épidémie. Or on ne sait même pas combien de personnes ont été touchées. On ne connaît que le nombre de ceux qui ont été positifs au test, c’est-à-dire cette petite partie de la population qui a été testée parce que malade au point d’en appeler à un médecin ou à l’hôpital.

Aujourd’hui, il faudrait pouvoir tester une grande partie de la population afin de savoir quelle fraction a été en contact avec le virus et si cette fraction est suffisante pour envisager une levée du confinement. Mais… on manque de tests !

On manque de tests diagnostics permettant de savoir qui est porteur du virus, pour les mêmes raisons qui ont fait qu’on a manqué de gel, de masques, de respirateurs… On manque aussi de ces tests sérologiques qui permettraient de connaître qui a été en contact avec le virus, y compris ceux qui n’ont pas manifesté de symptômes. Outre que ces tests ne sont pas encore parfaitement au point parce qu’on ne connaît pas encore très bien les modalités de la réponse immunitaire de l’organisme à ce virus, il faut aussi les produire.

Les épidémies et la santé en général sont des choses bien trop sérieuses pour les confier à ce système économique.

Sophie GARGAN