Hôpitaux Émile-Roux et Dupuytren : la grande misère de la gériatrie

15 Avril 2020

Émile-Roux à Limeil-Brévannes, dans le Val-de-Marne et Dupuytren à Draveil, dans l’Essonne, sont deux hôpitaux de l’AP-HP spécialisés en gériatrie. Ils accueillent plusieurs centaines de patients. Avant même le déclenchement de l’épidémie, la situation était de plus en plus difficile à cause des suppressions de postes et de lits.

À l’hôpital Dupuytren, les premières semaines de la crise sanitaire ont été marquées par l’improvisation. Le matériel indispensable n’était pas là, ou délivré au compte-gouttes. Aujourd’hui encore on gère la pénurie, les masques sont contingentés, les FFP2 manquent et ne sont délivrés facilement que dans quelques services… quand ce ne sont pas des stocks périmés depuis plusieurs années !

La direction ne veut pas que cette situation s’ébruite, surtout à l’extérieur. À l’intérieur elle s’enferme dans les bureaux par crainte de rencontrer le virus… et le personnel mécontent qui voudrait demander des comptes.

La première semaine d’avril, il y a eu 20 décès sur les 80 patients testés positifs à l’hôpital, et une cinquantaine de soignants testés positifs ! Et ce qui est insupportable pour les soignants « en première ligne », c’est de voir des cadres déguisés en soignants avec charlottes, masques FFP2, blouses adéquates alors que les soignants en contact avec les malades, eux, doivent courir après.

La direction, par l’inter- médiaire de sa hiérarchie, insiste lourdement pour que les soignants tiennent leur poste de travail ; ainsi une fièvre dont on sait que, même bénigne, elle peut être un indicateur du virus, n’est pas un motif suffisant pour un arrêt de travail !

Ce sont les soignants qui se préoccupent d’avoir des nouvelles de celles et ceux qui sont malades et hospitalisés. Quant aux cadres, beaucoup d’entre eux ne se préoccupent de la santé des salariés que s’il s’agit de faire pression pour qu’ils rejoignent leur poste de travail.

Quant à l’hôpital Émile-Roux, on y compte déjà 20 décès de patients, et une vingtaine de soignants testés positifs. Là aussi il y a pénurie de masques et hors du secteur Covid, il n’y a que deux masques chirurgicaux par jour et peu ou pas de FFP2. Il est impossible de savoir qui est porteur du virus, car les tests sont faits après que des symptômes se sont manifestés ! Ainsi entre-temps, chacun peut contaminer patients comme soignants.

Dupuytren reçoit des malades de l’hôpital ­Henri­-Mondor de Créteil, où ils n’ont pas trouvé de place. Il dispose de respirateurs, mais il y a pénurie d’appareils de réanimation.

Dans ces deux hôpitaux de gériatrie, le personnel est réduit à faire ce qu’il peut, dans une situation catastrophique dont la responsabilité, encore dénoncée à l’automne dernier lors des manifestations du personnel soignant, incombe au gouvernement actuel et à ceux qui l’ont précédé.

Correspondant LO