Mayotte : une situation inquiétante

01 Avril 2020

La situation sanitaire, déjà préoccupante en temps normal à Mayotte, est maintenant grosse de danger.

Le territoire ne compte en effet que 16 lits de réanimation pour 250 000 habitants. Mais, compte tenu de l’afflux de travailleurs sans papiers venus notamment des Comores, ce sont peut-être 400 000 habitants qui sont menacés par cette pénurie.

Plusieurs dizaines de personnes seraient déjà touchées. Autant dire que ce n’est pas le déploiement au large de La Réunion du porte-hélicoptère Mistral, annoncé par Macron, qui apportera une réponse.

Dans un territoire où, selon les chiffres officiels, 81 000 personnes n’ont pas accès à l’eau potable, l’obligation de se laver les mains régulièrement semble bien illusoire. Et plus nombreuses encore, sont celles des classes populaires qui sont contraintes à s’entasser dans des logements minuscules, rendant le confinement très compliqué.

Celui-ci pose en outre brutalement la question de la survie pour les plus pauvres, et notamment les nombreux sans-papiers qui vivent habituellement au jour le jour de la vente sur le marché de quelques objets, de légumes ou de la pêche. Comment nourrir sa famille quand on perd les quelques euros que cela permettait de gagner ? Ces questions qui taraudent actuellement des millions de travailleurs dans les pays pauvres se posent tout autant à Mayotte où 84 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Comme en France métropolitaine, les écoles, collèges et lycées sont fermés depuis le 16 mars. La continuité pédagogique, dont se gargarise le ministre Blanquer et qui est exigée des enseignants, se révèle ubuesque à Mayotte, mais aussi profondément cynique et inégalitaire.

La grande majorité vivent au quotidien sans eau courante, sans électricité, entassés dans des baraques en tôle, et soumis à des bandes violentes qui tiennent les quartiers. Autant dire que même s’ils possèdent une adresse mail, ils n’ont pour la plupart aucun moyen d’y accéder. Inquiets, des enseignants se sont vu répondre que les familles n’auraient qu’à venir chercher des cours imprimés, comme s’il n’y avait ni confinement ni problème de transport !

Les conséquences terribles qui s’annoncent dans ce département ne viendront finalement pas tant de ce virus que de la misère engendrée par le capitalisme, comme dans bien des pays pauvres.

Pierre DELAGE