Union européenne : virus sans frontière, épidémies nationales

25 Mars 2020

En fait d’entraide, les différents États qui composent l’Union européenne donnent surtout le spectacle du chacun pour soi. Ils ont, les uns après les autres, fermé leurs frontières en décrétant l’urgence nationale et sont même allés jusqu’à interdire les exportations de matériel médical vers les pays les plus touchés.

Les plus puissants d’entre eux, l’Allemagne et la France notamment, ont décidé seuls de leur politique sanitaire, économique et commerciale. Chacun a agi à son heure et pour ses raisons, sans consulter les autres ni même une quelconque instance européenne. Les autorités de Prague ont même cru bon de saisir dans un avion chinois une cargaison de matériel médical en transit, destinée à l’Italie. Devant le tollé, le gouvernement tchèque a fini par en restituer… une petite partie.

Face à la crise sanitaire, l’Union européenne se révèle encore une fois une fiction politique, un attelage bancal d’États défendant chacun leurs prérogatives. Pourtant il y a un point sur lequel les autorités européennes ont joué leur rôle : celui de l’aide apportée aux plus grands trusts, ceux pour qui l’Union a été construite. Non seulement la BCE a promis 750 milliards d’euros de garantie aux marchés financiers, mais la Commission a autorisé chacun des États membres à dépenser sans limite pour tenter d’éviter leur effondrement.

Mais, malgré les soubresauts financiers, malgré la catastrophe sanitaire, l’Union européenne a poursuivi son labeur. Lundi 23 mars, l’accord permettant la mise en chantier du blindé européen a été finalisé et un milliard d’euros pour financer études et prototypes a été annoncé. Face à la concurrence américaine, il faut en effet des investissements et des amortissements à l’échelle de l’Europe pour espérer fabriquer et vendre à l’exportation du matériel militaire compétitif. Ainsi blindés, frégates et avions de guerre sont-ils désormais programmés à l’échelle européenne. Ce type d’accord, fruit d’un compromis entre les différentes puissances et leurs marchands de canons nationaux, est peut-être la seule chose que l’Europe capitaliste réussit encore à faire.

Paul GALOIS