Italie : l’essentiel pour les patrons est superflu pour la santé des travailleurs

25 Mars 2020

Il aura fallu dépasser les 6 000 morts pour que le gouvernement Conte se décide à décréter, le 23 mars, la fermeture des entreprises non essentielles dans toute l’Italie.

Exigée par de nombreux travailleurs lors de grèves et débrayages spontanés qui s’étaient succédé la semaine précédente, l’annonce de l’arrêt de la production et de la fermeture des entreprises arrive bien tard. Beaucoup ont d’ailleurs souligné que les chiffres catastrophiques de contamination et de décès en Lombardie sont aussi liés au fait que dans cette région, l’une des plus industrielles du pays, des dizaines de milliers de travailleurs ont continué à se retrouver dans la promiscuité des transports, des vestiaires, des ateliers et des bureaux pendant des semaines. À Bergame, alors qu’on faisait appel à l’armée pour évacuer les cercueils trop nombreux, des entreprises non essentielles tentaient encore de maintenir la production.

Lors des discussions entre gouvernement, dirigeants syndicaux et représentants patronaux, ces derniers ont poussé des hauts cris à l’idée qu’on puisse leur imposer de fermer si cela ne leur convenait pas. Des cris que le gouvernement s’est empressé de prendre en compte en publiant une « liste des activités indispensables » assez vaste pour satisfaire de nombreux secteurs patronaux.

Ainsi, les industries liées à la fabrication du caoutchouc, la plasturgie, les verreries, mais aussi des usines chimiques ou métallurgiques y figurent. Au prétexte que l’activité de certaines – une usine produisant des emballages plastiques par exemple, ou une autre des blouses médicales – est effectivement indispensable, c’est tout le secteur qui est déclaré tel.

Devant cette liste à rallonge et aux contours plus que flous, les directions syndicales – pourtant bien modérées – ont protesté et les unions régionales de la métallurgie et de la chimie lombarde ont annoncé une journée de grève le 25 mars pour exiger que l’arrêt des activités non indispensables en soit vraiment un !

Il est sûr que pour défendre leur peau et la santé de toute la population, les travailleurs devront continuer à se faire entendre.

Nadia CANTALE