Amazon : une direction irresponsable

25 Mars 2020

« Salut, j’suis livreur Amazon, je n’ai pas le droit d’aller voir ma famille, mes amis. Par contre je dois livrer 87 clients dans la journée, toucher 87 interphones, portes, lumières. » Lors de la première semaine de confinement, les messages de ce genre ont été nombreux sur les réseaux sociaux.

Le géant américain Amazon a imposé à ses salariés de continuer à livrer tous ses produits, au contact quotidien d’une centaine de personnes, souvent sans masque, ni gants, ni gel hydroalcoolique. Lors des chargements du matin dans les entrepôts, des dizaines de livreurs chargent leurs camions en même temps, sans pouvoir respecter la distance de sécurité d’un mètre. Puis lors des livraisons, chaque livreur est en contact avec environ 90 clients par jour, ouvrant autant de portes et composant autant de codes.

Durant toute la semaine, l’inquiétude et la colère se sont exprimées sur plusieurs sites d’Amazon : à Lauwin-Planque, près de Douai ; à Boves, près d’Amiens ; à Montélimar, dans la Drôme ; à Bouc-Bel-Air, près d’Aix-en-Provence : des centaines de préparateurs de commandes et de livreurs ont débrayé, certains pour la première fois. Ils ont fait valoir leur droit de retrait, demandé des comptes sur l’insuffisance de matériel de protection, voire ont demandé la fermeture des entrepôts et la suspension des livraisons. Parmi les revendications figurait l’arrêt des livraisons jugées inutiles : « Je ne demande pas d’arrêter de travailler mais je veux livrer les hôpitaux, les infirmières, les médecins », déclaraient certains.

Partout Amazon a refusé, minimisant le danger et utilisant la pression ou la menace. Chaque salarié a été appelé individuellement, pour s’entendre dire d’aller travailler ou de poser des jours s’il ne voulait pas venir au travail. De nombreux livreurs ont renoncé à cesser le travail et à se confiner, par crainte de perdre leur emploi ou d’être pénalisés après l’épidémie.

Ceux qui travaillent le font la peur au ventre, avec la certitude qu’ils seront contaminés. Et ceux qui se mettent à l’abri de l’épidémie ont aussi la peur au ventre, celle de perdre leur emploi. L’attitude des responsables d’Amazon est irresponsable et criminelle.

Julie LEMÉE