Union européenne : chacun pour soi, le virus pour tous

18 Mars 2020

L’épidémie de coronavirus sert aujourd’hui de révélateur à ce qu’est l’institution européenne, amalgame instable d’égoïsmes nationaux. Petit à petit, les frontières internes refont surface et c’est le règne du chacun pour soi.

Lundi 16 mars l’Allemagne a institué des contrôles aux frontières avec la France, le Luxembourg, la Suisse, l’Autriche et le Danemark, une décision, qui ne concerne pas pour l’instant les travailleurs frontaliers. Le gouvernement allemand s’engageait ainsi sur la voie déjà empruntée par plusieurs pays d’Europe centrale.

Dès le 9 mars la Pologne avait instauré des contrôles sanitaires à sa frontière avec l’Allemagne et la République tchèque. Deux jours plus tard, alors que l’épidémie se développait en Italie, l’Autriche et la Slovénie réduisaient au strict minimum les entrées de personnes en provenance de ce pays. Le 12 mars, c’était au tour de la République tchèque d’interdire l’entrée de son territoire aux ressortissants de quinze pays, et la Slovaquie fermait totalement ses frontières à tout ressortissant étranger à l’exception des Polonais. Quant à Macron en France, il suit le mouvement général, tout en le présentant comme le résultat d’un accord entre gouvernements.

Le principe présenté comme fondateur de l’Europe, celui de la libre circulation des personnes appartenant à l’Union, est mis entre parenthèses tandis que l’institution semble surtout soucieuse d’assurer la libre circulation des marchandises en facilitant la circulation des camions qui alimentent les usines travaillant à flux tendu.

Ces mesures prises en ordre dispersé se doublent maintenant de celles verrouillant les frontières extérieures de l’Union. Emmanuel Macron a annoncé le 16 mars que les frontières de l’espace Schengen seront fermées pendant trente jours. Cette décision concerne surtout les touristes, car les migrants sont de toute façon arrêtés à ces frontières. Elle est paradoxale alors que l’OMS déclare que l’Europe est aujourd’hui le centre de la pandémie, si bien que ce seraient plutôt les pays extérieurs qui auraient à craindre la contagion. Quelques jours auparavant des responsables déclaraient encore, comme Angela Merkel : « Nous n’allons pas nous débarrasser du virus en fermant nos frontières. Le virus est déjà parmi nous et nous devons nous faire à cette idée ». Mais annoncer des fermetures de frontières permet de donner satisfaction à ceux qu’influence l’extrême droite, quelle qu’en soit l’absurdité : on pourrait se croire revenu au Moyen Âge, lorsqu’on pensait pouvoir enrayer les épidémies en bâtissant des « murs de la peste » garnis de soldats.

Face à l’épidémie, les États de l’Union européenne ont fait preuve d’un manque évident de solidarité. Quand l’Italie a été frappée, aucune aide n’est venue de ses voisins européens, au point que le gouvernement chinois a pu se permettre une opération publicitaire en lui envoyant du matériel médical. À l’heure de la catastrophe sanitaire et économique, un plan d’ensemble, à l’échelle non seulement européenne mais mondiale serait nécessaire et aurait pu s’avérer efficace. Mais Macron peut bien parler de « concertation ». Avant que celle-ci ait vraiment lieu, l’épidémie sera passée. En attendant, chaque État aura bricolé des plans d’aides à ses banques et à ses capitalistes, sans se soucier des voisins.

La catastrophe sanitaire révèle la réalité de cette Union européenne. Au-­delà de ses belles formules, ce n’est même pas « chacun chez soi », c’est « chacun pour soi ».

Daniel MESCLA