Safran – Villaroche : les salariés imposent la fermeture

18 Mars 2020

Lundi soir 16 mars, à peine quelques dizaines de minutes après les annonces de Macron, la direction de l’usine de moteurs Safran, à Villaroche en Seine-et-Marne, stupéfiait les salariés en envoyant un message à ceux qui n’étaient pas en télétravail pour leur dire de venir à l’usine le mardi continuer la production.

Le lendemain, les ateliers étaient pourtant à demi vides, beaucoup gardant de toute façon leurs enfants. Parmi les présents, l’inquiétude et le sentiment de révolte étaient palpables. La direction se retranchait derrière des aménagements dans le travail, comme la suppression de la cantine et la fin du croisement entre les équipes du matin et du soir, des mesures élémentaires ne changeant rien au fait qu’elle exigeait que des dizaines de salariés se rassemblent tous les jours dans les ateliers, qu’ils travaillent à deux ou trois autour d’un même moteur touché et manipulé par tout le monde, que les outils passent de main en main, sans oublier le fait pour certains de venir à plusieurs dans les bus que l’entreprise a maintenus.

Ce mardi 17 mars, la direction n’avait même pas prévu assez de masques : il a fallu des protestations pour que l’encadrement en lâche quelques-uns, mais pas pour tous, loin de là. Et dans beaucoup d’endroits, il n’y avait toujours pas de gel désinfectant ni même de savon dans les toilettes.

Certains travailleurs de l’équipe du matin ont déposé un droit de retrait, que la direction s’est empressée d’invalider, se sentant par avance couverte par les déclarations cyniques de Pénicaud : continuez à aller travailler partout où les patrons le décident !

N’en déplaise à tous ces porte-parole de l’égoïsme patronal, la production a de fait été mise à l’arrêt par les travailleurs. Des ouvriers ont pris à partie les cadres venus défendre l’indéfendable, leur lançant « irresponsables » ! Dans le secteur qui produit des moteurs militaires, à des cadres qui ne trouvaient rien de mieux à invoquer que la nécessité vitale de ces moteurs d’avion pour la défense du pays, des salariés rétorquaient : est-ce avec des Rafale qu’on va combattre le virus ?

Presque tous ceux de l’équipe d’après-midi, rassemblés devant les bureaux de la direction, ont vidé leur sac en dénonçant son attitude de mépris. Finalement, elle a dû reculer face à cette indignation. Faisant volte-face, elle a annoncé le soir par message que pratiquement tout le monde serait au chômage partiel jusqu’à la fin de la semaine… Mais tout en annonçant qu’ensuite elle voulait remettre en route par rotation certaines parties du site.

La santé des travailleurs, celle de toute la population, l’esprit de responsabilité ? Macron en parle à la télévision, mais il est du coté de ces patrons irresponsables. Ce sont bien les salariés qui ont imposé la fermeture jusqu’à lundi 23 mars.

Correspondant LO