Réformes reportées : un répit provisoire…ou non ?

18 Mars 2020

Dans son allocution du 16 mars, Macron a annoncé le report des réformes en cours. Parmi les plus importantes on trouve le deuxième volet de l’assurance chômage reporté du 1er avril au 1er septembre et celle des retraites également suspendue.

Ces deux réformes, l’une à moitié appliquée, l’autre votée à l’Assemblée mais pas encore au Sénat ont en commun de viser des économies aux dépens des travailleurs.

Après un premier volet de la réforme sur l’assurance chômage, entré en application le 1er novembre 2019, l’allongement de la période de référence ouvrant droit à l’indemnisation et aux droits rechargeables a déjà rogné le niveau de vie de salariés parmi les plus précaires. Mais le second volet à venir, prévoyant un nouveau mode de calcul, devrait aggraver encore la situation.

Quant à la réforme des retraites, imposée à l’Assemblée nationale par le 49.3, elle veut faire voler en éclats, au nom de l’abolition de prétendus privilèges, entre autres ceux des cheminots et des enseignants, les quelques barrages qui permettent au moins à certains travailleurs d’avoir une pension de retraite décente. Au nom de l’égalité et pour renflouer un prétendu déficit à venir des caisses de retraite, le gouvernement veut faire des économies aux dépens des salariés.

Ces deux attaques préméditées contre le monde du travail ont été présentées comme indispensables pour éviter de couler l’économie du pays, c’est-à-dire, en clair, pour aider le patronat. Si Macron et son gouvernement viennent de les repousser à plus tard il s’agit selon eux d’un report provisoire au nom de la lutte contre la pandémie. « Notre priorité est l’urgence sanitaire, économique et sociale », a dit la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, ajoutant : « La réforme a été conçue dans un contexte qui n’a plus rien à voir avec celui que nous connaissons aujourd’hui. » Ce report offrira-t-il une porte de sortie au gouvernement, via un remaniement des réformes en question qui deviendraient plus acceptables par les syndicats les mieux disposés à coopérer avec le pouvoir ?

Quoi qu’il en soit, si recul il y a, il sera dû surtout à la ténacité et à la combativité des centaines de milliers de travailleurs qui pendant des mois ont fait grève et manifesté contre Macron et son gouvernement.

Sylvie MARÉCHAL