Mépris de classe

18 Mars 2020

Dans ses deux discours, jeudi 12 mars et lundi 16 mars, Macron s’est voulu rassembleur, responsable, organisateur de la lutte contre l’épidémie. Il a recouru à l’image héroïque répétant à plusieurs reprises que le pays est en guerre et parlant de « cette union nationale qui a permis à notre pays de surmonter tant de crises dans le passé ».

Même outrée, la comparaison n’est pas entièrement fausse. En 1914, l’union nationale consistait en ce que les ouvriers et les paysans se faisaient tuer dans les tranchées pendant que les marchands de canons et les banquiers amassaient des fortunes. Lorsque Macron dit aujourd’hui que « toutes les entreprises doivent s’organiser pour faciliter le travail à distance, et quand cela ne sera pas possible, elles devront adapter dès demain leur organisation pour faire respecter ces gestes barrières contre le virus » il reproduit ce schéma. Les travailleurs des usines de production sont donc invités à emprunter les transports en commun ou les voitures collectives en province, à travailler, manger, se changer côte à côte des jours durant, avec tous les risques de contamination que cela comporte. Et ils devraient faire cela non pas pour fabriquer des marchandises indispensables, mais pour les profits des actionnaires de leurs entreprises.

À ceux qui sont confinés chez eux Macron a conseillé : « Lisez, retrouvez aussi ce sens de l’essentiel ». Et d’ajouter : « Je pense que c’est important dans les moments que nous vivons. La culture, l’éducation, le sens des choses est important. » Belles paroles un peu provocantes si l’on pense qu’elles pourraient s’adresser à une mère enfermée avec ses trois enfants devant la télévision, inquiète pour leur santé, pour son salaire, son ravitaillement, son loyer, dans un trois pièces d’un logement collectif, normalement bruyant, moyennement entretenu, donnant sur un parking.

Le président a conclu sa demi-heure de sermon, par des considérations pseudo-philosophiques en déclarant : « Quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant. Nous serons plus forts moralement, nous aurons appris et je saurai aussi avec vous en tirer toutes les conséquences ».

Cause toujours. Rien ne change, et surtout pas le fait que le président des riches avec ses phrases à tiroir prend les travailleurs pour des gogos. Mais, disait Victor Hugo à l’usage des Macron de son époque : « Le peuple est comme le pavé de Paris, on marche dessus jusqu’à ce qu’on le prenne sur la tête. »

Paul GALOIS