Indemnisation du chômage : mesures iniques

18 Mars 2020

Le lundi 16 mars, le gouvernement a repoussé au 1er septembre l’application de la deuxième partie de la réforme de l’assurance chômage, qui devait entrer en vigueur le 1er avril.

C’est le moins qu’il pouvait faire alors que le chômage risque d’exploser pour au moins plusieurs mois et de créer des situations dramatiques.

La première partie de la réforme, appliquée depuis le 1er novembre, a durci les conditions d’ouverture des droits pour les nouveaux indemnisés. Il fallait avoir travaillé six mois sur les douze derniers au lieu de quatre mois sur les vingt-huit derniers. La deuxième partie devait modifier le calcul de l’allocation pour la minorer. 850 000 nouveaux entrants devaient ainsi avoir une allocation réduite de 22 % en moyenne. L’objectif affiché de cette réforme était d’économiser plus d’un milliard d’euros à partir de 2021. Les deux mesures conjointes devaient pousser les chômeurs à accepter des conditions de travail et de rémunérations dégradées. Elles avaient été justifiées par le gouvernement au prétexte que selon lui, le chômage baissait. En fait, cela s’insérait dans la campagne dénigrant les travailleurs privés d’emploi, les rendant responsables de leur situation.

Le report de la mesure sur l’indemnisation réclamé par les syndicats le 10 mars ne règle donc pas tout, loin de là. La première partie de cette réforme inique reste en vigueur. Les salariés aux statuts précaires risquent de se retrouver au chômage sans même pouvoir prétendre au chômage partiel, alors que les entreprises ferment ou réduisent leur personnel. La durée d’indemnisation à laquelle les travailleurs précaires ont droit risque de se réduire rapidement, car ils auront bien du mal à retrouver des missions.

Avec la crise du coronavirus, les mensonges du gouvernement sur le recul du chômage ne tiennent plus du tout. C’est toute cette réforme qui doit être abandonnée. En repoussant l’application de sa deuxième partie, le gouvernement montre d’ailleurs qu’il est très conscient de son dramatique impact social. Mais cette mesure, déjà insupportable, le sera toujours si elle est appliquée le 1er septembre.

Inès Rabah