Salon de l’agriculture : vachement d’hypocrisie

26 Février 2020

Pour la seconde année consécutive, Macron a utilisé le Salon de l’agriculture comme vitrine pour redorer son image, avec pas moins de 13 heures de sourires photogéniques, de spécialités du terroir ou de verres avalés, de poignées de main et de claques sur l’épaule, voire sur le flanc des vaches.

La visite s’est terminée sans dérapage notable, l’important dispositif de sécurité veillant au grain : même des poussins n’auraient pas pu s’égailler sans riposte policière, tant le jaune semblait la couleur redoutée.

Macron a pu ainsi caresser dans le sens du poil chacun de ses interlocuteurs. Mais évidemment il n’a rien à offrir aux petits agriculteurs qui par milliers déclarent un revenu nul, voire un déficit de leur exploitation, et qui survivent grâce au RSA. Il n’a rien à dire non plus aux ouvriers agricoles exploités par les capitalistes de la terre ou dans l’industrie agroalimentaire. Ceux-là n’ont tout simplement pas voix au chapitre au Salon. Macron a bien osé reprendre le message selon lequel, avec sa réforme des retraites, 1 000 euros seraient garantis à toutes les femmes. En attendant, des milliers d’agriculteurs et d’agricultrices en retraite doivent se contenter de quelques centaines d’euros.

Comme dans tous les domaines, derrière la prétendue défense de la paysannerie arborée dans les allées du Salon, ce sont en fait les plus gros qui ont l’oreille de Macron. Ainsi a-t-il regretté que, la veille de l’ouverture du Salon de l’agriculture, l’Union européenne ne soit pas parvenue à un accord sur le budget notamment de la PAC, la politique agricole commune, c’est-à-dire les milliards d’aides dont l’agriculture française est un des principaux bénéficiaires. Or ce sont principalement les grosses exploitations qui touchent ces milliards, et même des groupes comme Lactalis, un des premiers groupes laitiers au monde. La PAC n’a jamais constitué une protection pour les petits agriculteurs face à la concurrence des plus gros ou face aux diktats de l’agro-industrie ou de la distribution.

Comme chaque année, ce Salon de l’agriculture a été un petit sommet d’hypocrisie, un peu comme ces dirigeants de la FNSEA qui, tout en se déclarant défenseurs de tous les paysans, s’accordent, selon les révélations de Médiapart de ces derniers jours, des émoluments supérieurs à ceux des ministres et bien supérieurs à une année de revenu de bien des agriculteurs.

Boris SAVIN