Procès Assange : coupable d’avoir brisé la loi du silence

26 Février 2020

Le tribunal britannique devant statuer sur la demande d’extradition des autorités américaines à l’encontre de Julian Assange a débuté ses audiences lundi 24 février. En cas de transfert aux États-Unis où il est poursuivi pour espionnage, il encourrait une peine de 175 années de prison.

L’État américain n’a jamais pardonné à Assange d’avoir publié en 2010 sur son site Wikileaks plusieurs centaines de milliers de documents classés secret défense, témoignant des exactions de l’armée américaine en Irak et en Afghanistan. L’impact de ces révélations a été d’autant plus important que leur mise en ligne s’est accompagnée de leur publication par les journaux les plus réputés d’Europe et du monde. Pendant des mois, l’opinion publique internationale a pu ainsi prendre connaissance de nombreux rapports militaires faisant état d’actes de torture, d’enlèvements et de crimes de guerre perpétrés contre des civils, jetant une lumière crue sur la réalité de la politique de l’impérialisme américain.

Depuis dix ans, l’État US met tout en œuvre pour punir ceux qui ont contribué à dévoiler ses mensonges et ses agissements. Les documents publiés avaient été transmis à Wikileaks par un jeune soldat alors âgé de 25 ans, Bradley Manning, qui avait voulu dénoncer les crimes dont il avait eu connaissance en tant qu’expert informatique de l’armée en Irak. Arrêté, placé en isolement pendant près de trois ans, il a été condamné en 2013 à trente-cinq ans de prison. Il a fallu une campagne d’opinion en sa faveur pour que sa peine soit commuée par Obama, ce qui lui a permis de retrouver la liberté.

Assange, quant à lui, a été contraint de se réfugier à l’ambassade d’Équateur à Londres en 2012 pour éviter l’extradition aux États-Unis alors qu’il était poursuivi pour agressions sexuelles par la justice suédoise, accusations qu’il a toujours récusées et qui ont finalement été abandonnées. Il y est resté confiné jusqu’à ce que le gouvernement équatorien finisse par le livrer à la police britannique en avril 2019. Conduit à la prison de Belmarsh, vaste complexe non loin de la Tamise souvent décrit comme la version britannique de Guantanamo, Assange est resté pendant plusieurs mois à l’isolement. Malgré la détérioration de son état de santé, il n’a été déplacé dans une aile médicale de l’établissement pénitentiaire qu’après la publication d’une lettre ouverte de soixante médecins dénonçant les conditions de sa détention.

Dans leur acharnement contre le fondateur de Wikileaks, les dirigeants américains comptent sur la complicité des autorités britanniques, comme sur celles de tous leurs alliés occidentaux. Tous partagent le même refus de voir étaler au grand jour la vérité sur les sales méthodes de leurs appareils d’État.

Marc RÉMY