Fillon : les servir et se servir

26 Février 2020

Le procès de François Fillon et de sa femme Pénélope, retardé pour cause de grève des avocats, devait commencer le 26 février. Fillon est accusé de détournement de fonds publics et d’abus de biens sociaux et encourt dix ans de prison et 150 000 euros d’amende. Son épouse est également poursuivie pour complicité.

L’affaire a éclaté en janvier 2017 suite aux révélations du Canard enchaîné sur les emplois présumés fictifs de Pénélope Fillon. Présentée comme collaboratrice, assistante parlementaire de son député de mari, elle était rémunérée pour des travaux dont on ne trouve pas trace. L’Assemblée nationale réclame d’ailleurs plus d’un million d’euros de remboursement.

En quarante ans de vie politique, Fillon a occupé presque toutes les fonctions : maire, président de région, député, sénateur, plusieurs fois ministre sous Chirac et Premier ministre sous Sarkozy. Non seulement il a servi les intérêts du patronat et d’une droite très conservatrice, mais il ne s’est pas oublié. Tout était bon pour augmenter ses revenus, y compris les petites ficelles plus ou moins légales ou tolérées, comme les emplois ou les missions aux résultats introuvables confiées à des membres de sa famille.

Quoi de plus normal, pour ces politiciens, que de se faire entretenir par l’argent public ? Sans compter bien sûr tous les avantages qu’on peut tirer de liens avec des patrons amis, comme Ladreit de Lacharrière, président d’une société d’investissement et jusqu’à récemment de l’agence de notation Ficht, ou comme le PDG d’AXA.

Il fallait bien pour Fillon trouver de quoi entretenir son train de vie, son manoir dans la Sarthe, et tenir son rang dans le monde, celui où les grands patrons côtoient les politiciens ambitieux et misent sur les futurs ministrables ou présidentiables

Fillon affirme qu’il s’est retiré de la politique. En effet, il est devenu actionnaire et associé de la société d’investissement Tikehau capital, qui gère un peu plus de 25 milliards d’euros d’actifs dans le monde. Les dirigeants lui reconnaissent une contribution au développement international de la société. On peut les croire : un politicien avisé ne part pas sans un carnet d’adresses.

Mais, au fond, il n’a pas vraiment changé d’emploi. Il continue dans le privé ce qu’il a toujours fait comme homme politique : servir les intérêts du patronat, et en même temps les siens.

Sylvie MARÉCHAL