Macron et le “séparatisme” : pour quelques voix de plus...

19 Février 2020

Après l’appel à « la vigilance contre l’hydre islamiste » à l’automne 2019, Macron lance une nouvelle campagne aux relents islamophobes contre le communautarisme, que ses communicants ont rebaptisé la sécession ou le séparatisme islamiste.

Macron n’utilise pas le terme de sécession à propos de la villa Montmorency à Paris, ce ghetto de riches entièrement clos, ni à propos de certaines rues fermées et privatisées des quartiers sud de Marseille. Il n’est gêné ni par les processions catholiques sur la colline de Fourvière à Lyon, ni par l’emprise de l’Église catholique sur les écoles privées ou diverses organisations de jeunesse. Seul le communautarisme musulman l’obsède.

Macron préfère délibérément braquer les projecteurs sur des quartiers dans lesquels des militants de l’islam politique s’activent pour imposer leur emprise morale, parfois matérielle, sur les habitants, en particulier ceux de culture musulmane.

Ainsi, lui et ses ministres occupent le terrain du RN ou de LR. Ils n’ont que faire des sentiments et des difficultés quotidiennes des travailleurs, de toutes origines, qui vivent dans ces quartiers. Ce sont pourtant ces difficultés qui servent de terreau aux courants réactionnaires de toutes obédiences, et pas seulement islamistes. Toutes les réformes du gouvernement, tous ses choix politiques aggravent la pauvreté et la précarité, réduisent les salaires, les allocations ou les pensions des classes populaires. Le mépris quotidien et la violence ordinaire de sa police, encouragés depuis des mois par Castaner, alimentent un peu plus le sentiment de rejet vécu par la jeunesse de ces quartiers.

Agiter la menace islamiste, entretenir l’amalgame entre terrorisme et islam, est pour Macron un moyen de faire diversion pour tenter de faire oublier sa politique antiouvrière, rejetée par des millions de travailleurs. En prime, il espère gagner des voix auprès des électeurs réactionnaires de droite ou d’extrême droite. Ce faisant, il encourage encore les racistes, dont certains se sentent autorisés à passer aux actes. De l’autre côté, il stigmatise l’ensemble des musulmans, sommés en permanence de se démarquer des islamistes radicaux.

Ceux qui subissent de plein fouet cette nouvelle campagne sont d’abord les travailleurs immigrés ou enfants d’immigrés. Avant d’être musulmans, chrétiens, ou... non croyants, les habitants des quartiers désignés par Macron sont d’abord des travailleurs. Accepter la façon dont il les stigmatise serait accepter la division au sein de la classe ouvrière.

Xavier LACHAU