ENA : tout change pour que tout reste pareil

19 Février 2020

En plein mouvement des gilets jaunes qui dénonçaient l’élitisme des dirigeants, Macron avait évoqué la possibilité de transformer l’ENA, École nationale d’administration, pépinière de hauts fonctionnaires, en un organisme qui devait être plus démocratique et plus proche de la population.

Ce serait bientôt chose faite, l’ENA devant fermer ses portes et céder la place à l’EAP, l’École d’administration publique. C’est qu’au gouvernement, on s’y connaît pour ce qui est de changer les noms, sans évidemment changer les choses.

Bien sûr, le rapport qui vient d’être remis au gouvernement propose un recrutement plus large, accessible aux élèves de milieux modestes ou à des candidats ayant déjà une activité professionnelle, et pas seulement aux étudiants généralement issus de milieux aisés. Ils auraient une formation de terrain, comme l’encadrement des jeunes du service national universel, des expériences concrètes dans les hôpitaux, les tribunaux, les mairies. Tout cela, paraît-il, leur permettrait d’être davantage à l’écoute de leurs concitoyens pour mieux les servir.

Ce n’est pas la première fois que l’on entend cette chanson et le recrutement de l’ENA a même un peu changé, sans que cela change quoi que ce soit sur le fond. Car si l’école forme ses élèves à quelque chose, c’est bien à servir l’État. Et l’État n’est pas celui de la population, des travailleurs, mais celui des possédants. Les hauts fonctionnaires, préfets, administrateurs, hauts magistrats, inspecteurs des finances, chefs de la police, sont ceux qui, souvent dans la coulisse et ignorés du grand public, mettent en pratique la politique de défense au quotidien et sur le long terme des intérêts des classes posédantes.

Jamais élus, souvent bien plus longtemps en poste que les ministres ou présidents dont ils sont censés mettre en œuvre les décisions, ils ne sont contrôlés que par leurs pairs. L’école qui les forme y a gagné une si mauvaise réputation qu’il faut maintenant changer jusqu’à son nom… pour que tout reste pareil.

Sylvie MARÉCHAL