Chômage : un halo de millions de sans-emploi

19 Février 2020

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, s’est réjouie des nouveaux chiffres trimestriels du chômage publiés par l’Insee. Son taux aurait diminué pendant toute l’année 2019, pour s’établir à 8,1 % de la population active, son plus bas niveau depuis fin 2008. Il n’y aurait plus « que » 2,4 millions de chômeurs au 31 décembre 2019.

Comme toutes les statistiques, ces chiffres sont à prendre avec des pincettes. Le nombre de chômeurs est très éloigné de celui fourni par Pôle emploi qui annonçait, en décembre 2019, 3,3 millions de personnes sans emploi inscrites en catégorie A, et 5,4 millions, toutes catégories confondues, si l’on tient compte de ceux qui ont une activité réduite, cela sans compter l’outremer.

Visiblement, l’Insee et Pôle emploi ne comptent pas pareil. L’Insee ne procède que par enquête et sondage, et suit la définition stricte du BIT (Bureau international du travail). Le chômeur doit « entreprendre des démarches actives durant le mois écoulé afin de trouver un poste, être disponible pour être employé dans les deux semaines suivantes ».

Pour être un peu plus en phase avec la réalité, ­l’Insee a inventé la notion très floue de « halo du chômage », qui regroupe ceux qui ne rentrent pas dans le cadre défini. Pêle-mêle, on y retrouve, entre autres, les chômeurs qui ne sont pas immédiatement disponibles, les anciens qui ne souhaitent pas à 62 ou 63 ans reprendre un emploi, les étudiants qui ne travaillent que quelques heures par semaine... Ce petit flou concerne aujourd’hui pas moins de 1,7 million de personnes. Chaque année, quand le chiffre des chômeurs labellisés diminue, le halo augmente, par exemple de 91 000 en 2019, réduisant les prétendues bonnes nouvelles gouvernementales à peu de chose.

Car les plans de licenciements se succèdent dans les grandes entreprises du privé, les emplois dans le secteur public se réduisent à cause de la politique gouvernementale, les fins de contrat précaire se multiplient. Le chômage de masse, affectant des millions de femmes et d’hommes, demeure une réalité que le gouvernement ne peut nier qu’en tordant les statistiques.

Bertrand GORDES