Brésil : grève chez Petrobras

19 Février 2020

Au Brésil, depuis le 1er février, un tiers des 69 000 salariés de Petrobras sont en grève dans cette multinationale pétrolière, leader mondial de l’exploitation en eaux profondes, et présente dans dix-huit pays.

Première entreprise brésilienne, Petrobras compte à elle seule pour 6,5 % du PIB ­national, affiche 90 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel et plus de 7 milliards de bénéfice net. Elle verse chaque année 40 milliards au budget de l’État. La grève touche, dans treize États du Brésil, 56 plateformes d’extraction, 23 terminaux pétroliers, onze raffineries et sept centrales thermiques.

La raison immédiate de la grève est la fermeture d’une usine d’engrais dans le Parana, au sud du pays. Cette usine avait été achetée en 2012, à un moment où Petrobras diversifiait ses activités. Aujourd’hui, suite à la baisse du prix mondial du pétrole et à un scandale politico-financier au Brésil, la société veut se désendetter et se replier sur son cœur de métier, le pétrole. La fermeture de l’usine laisserait 1 000 travailleurs sur le carreau, 400 sous contrat Petrobras et 600 de la sous-traitance. La Fédération unique des pétroliers (FUP), qui rassemble tous les syndicats du secteur, reproche à Petrobras de ne pas respecter un accord sur la négociation signé en 2019.

La fermeture de cette usine d’engrais n’est qu’un pas dans une politique de division et de privatisation préparées depuis longtemps. Le président brésilien Bolsonaro veut les réaliser à marches forcées d’ici la fin de son mandat, en 2022. « Il y a de gros morceaux qui pensent qu’ils ne seront pas privatisés, mais nous y arriverons », a déclaré son ministre de l’Économie, Guedes. Les gazoducs ont été vendus pour 8,6 milliards de dollars, les ventes aux enchères de gisements en pleine mer se poursuivent, tandis que l’État brésilien a déjà vendu pour plus de 10 milliards de dollars d’actions qu’il détenait. Les grandes puissances, dont les banques détiennent déjà une bonne part du capital de Petrobras, ne seront pas fâchées de voir disparaître une multinationale de cette taille, dans un pays qui ne fait pas partie du club des pays impérialistes.

Les grévistes s’opposent à la fermeture de l’usine d’engrais et à la privatisation de Petrobras, mais ils proposent aussi une politique de prix favorable aux couches populaires. Ils demandent la fin de l’alignement des prix pratiqués au Brésil sur les prix internationaux. Elle permettrait de réduire de moitié le prix des carburants et celui de la bonbonne de gaz présente dans toutes les cuisines. C’est aussi la revendication des camionneurs, entrés en lutte lundi 17. À titre de propagande, le syndicat FUP a mis en vente à Pernambouc 200 bonbonnes de gaz à 9 dollars, au lieu des 16 habituels. Le syndicat a bien précisé qu’il n’était pas question d’entraver la distribution des carburants dans les stations-service. Mais Petrobras est bien décidé à faire payer aux travailleurs les frais de sa restructuration.

Vincent GELAS