Arjowiggins Security – Jouy-sur-Morin : emplois liquidés, argent public siphonné

19 Février 2020

Le parquet de Nanterre vient d’ouvrir une enquête préliminaire sur les conditions de reprise avant liquidation, en 2018, de l’usine Arjowiggins Security en Seine-et-Marne, spécialisée dans les papiers sécurisés pour billets de banque et papiers d’identité.

La moitié des 220 salariés jetés au chômage en janvier 2019 ont d’ailleurs porté plainte aux Prud’hommes pour licenciement sans cause réelle et sérieuse. D’autres procédures ont été ouvertes par 500 salariés d’une autre usine du même groupe située dans la Sarthe, liquidée en mars 2019.

Arjowiggins Security a été une filiale de Sequana, acteur mondial du papier, qui a bénéficié du concours financier de l’État français via sa Banque publique d’investissement (BPI), qui a acheté 15 % de ses actions en 2012 et lui a prêté 10 millions d’euros en mars 2018.

Le mois suivant Sequana vendait, ou plutôt donnait, Arjowiggins Security pour un euro symbolique, à deux fonds d’investissement dirigés par un capitaliste du nom de Rudiger Terhorst. En 2012, ce vautour avait déjà acheté pour un euro une filiale de Thomson, dans les Yvelines, qu’il avait ensuite liquidée une fois la trésorerie siphonnée, jetant 126 salariés à la rue. Il avait récidivé en 2015 avec une usine de bois des Landes, fermée plus tard en détruisant 130 emplois. Pour cela, Terhorst a été condamné à 4 millions d’euros d’amende en 2017 et reste mis en examen pour banqueroute par détournement ou dissimulation d’actifs.

C’est à ce margoulin que le tribunal de commerce de Nanterre a confié le redressement d’Arjowiggins Security en avril 2018. À cette époque, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, avait participé à ce qui était présenté comme un sauvetage. Ses services avaient effacé 4 millions de dette fiscale, ce qui s’était ajouté au prêt de 10 millions de la BPI.

Ainsi, pour un euro, le repreneur mettait la main sur 14 millions d’argent public. Sans surprise, il s’est servi dans la caisse tant qu’il a pu avant de liquider moins d’un an plus tard l’usine, qui ne l’avait jamais intéressé. Il n’a même pas laissé de quoi financer un plan pour les ouvriers mis à la rue. Ceux-ci ont appris la fermeture de leur usine en janvier 2019, quand l’État a envoyé les gendarmes protéger la propriété de ce capitaliste et tenir les ouvriers à distance.

Nombre d’hommes politiques présentent les capitalistes comme des repreneurs providentiels et les arrosent d’argent public, au prétexte mensonger de sauver des emplois. Ces dernières années, on se rappelle que les salariés de Whirlpool à Amiens ont fait la même expérience amère que ceux d’Arjowiggins.

Il n’y a aucune raison de faire confiance aux capitalistes. La seule chose qu’ils n’auraient pas volée, ce serait d’être expropriés.

Lucien DÉTROIT