Universités : les enseignants-chercheurs mobilisés

12 Février 2020

Un mouvement de protestation débute dans les universités contre la future loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR).

Ce projet de loi ne sera pas publié avant mars ou avril, et c’est un des principaux arguments de la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal, pour désamorcer la contestation : pourquoi se mobiliser contre un projet qui n’est pas ficelé ?

En réalité, de la même façon que le rapport Delevoye annonçait la réforme des retraites, trois rapports parus à l’automne ainsi que de nombreuses déclarations de responsables publics permettent aux chercheurs de savoir ce qui les attend.

Inégalité, concurrence, performance : tels sont les principes de la réforme annoncée. Dans une large mesure, il s’agit de poursuivre une série d’évolutions déjà engagées ces dernières années. Un des objectifs est de remplacer les fonctionnaires par des contractuels. Selon les rapports, les chercheurs, les équipes et les établissements se répartiraient de plus en plus entre ceux qui sont performants, bien financés, et les autres, moins performants et donc moins dotés.

La colère face au projet gouvernemental est d’autant plus vive qu’il est la suite d’une longue dégradation des conditions de travail et d’emploi. Alors que le nombre d’étudiants a augmenté de 200 000 en dix ans, celui des enseignants-chercheurs a diminué. Seule la recherche privée a réellement vu ses financements augmentés par l’État. Le crédit impôt recherche (CIR), versé aux entreprises, atteint aujourd’hui plus de 6 milliards d’euros par an, soit deux fois le budget du CNRS (3,2 milliards).

Quant aux étudiants, ils font les frais de cette dégradation. L’augmentation vertigineuse des droits d’inscription des étudiants étrangers, multipliés par 15 en 2018, laisse présager une hausse plus générale des frais de scolarité : selon un modèle expérimenté dans plusieurs autres pays, les étudiants en assumeraient eux-mêmes tout le coût.

Ces dernières semaines, des centaines de motions ont été adoptées dans les universités, et les enseignants-chercheurs ont été nombreux dans les cortèges contre la réforme des retraites, qui promet de réduire à terme leurs pensions. Ils doivent défiler de nouveau le 20 février, puis être en grève le 5 mars, voire au-delà.

Michel BONDELET