Syrie : une guerre sans fin

12 Février 2020

En moins d’une semaine, une douzaine de soldats turcs ont été tués par les troupes de Bachar el-Assad, dans la région d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie. La riposte de l’armée turque menace à tout moment de se transformer en une guerre ouverte avec les troupes du régime syrien.

Depuis décembre dernier, le régime tente de reconquérir la région d’Idlib contrôlée depuis 2011 par diverses milices dont le groupe Hayat Tahrir Al-Cham, l’ancienne branche syrienne d’Al-Qaïda. Ces milices sont appuyées et armées par la Turquie qui dispose de plusieurs postes d’observation avec de nombreux soldats.

El-Assad, soutenu par la Russie de Poutine qui contrôle l’espace aérien de la Syrie, veut reprendre le contrôle de tout son territoire. Tout comme le terrible siège d’Alep, terminé à la fin 2016 par la victoire du régime, la reconquête d’Idlib transforme la vie des centaines de milliers d’habitants de la région en enfer. Depuis début décembre, des villes entières autour d’Idlib ont été vidées. 700 000 personnes ont fui les combats, rejoignant les millions de réfugiés dans des camps de plus en plus invivables, noyés sous des trombes d’eau, mal approvisionnés en nourriture et en fuel pour se chauffer.

La guerre en Syrie a déjà fait plus de victimes que le nombre de Français tués au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Depuis 2011 la population syrienne est martyrisée parce que le pays est devenu le théâtre d’un affrontement sans fin entre les puissances régionales et internationales qui se disputent l’influence sur le Moyen-Orient. Sans même remonter à 2011, le brutal lâchage des Kurdes syriens par Trump, en octobre dernier, a permis à la Turquie d’Erdogan de renforcer sa présence en Syrie. Outre les milices qu’il soutient, autour d’Idlib ou d’Afrin, Erdogan a pu déployer ses troupes dans le Kurdistan syrien, livrant sa population à des mercenaires sans foi ni loi.

Paradoxalement, l’offensive turque a renforcé le régime de Bachar el-Assad, appelé à l’aide par les milices kurdes menacées. Soutenu sans faille par Poutine, avec l’accord tacite des puissances impérialistes, il contrôle désormais plus de 70 % du territoire syrien. Un accord, signé en 2018 à Sotchi entre la Russie et la Turquie, était supposé garantir un cessez-le-feu entre le régime syrien et ses divers opposants et un statu quo sur le terrain. Cet accord, jamais respecté, est encore plus caduque après le virage de Trump, et le régime d’Assad n’a aucune raison de renoncer à reconquérir la plus grande part du pays. Erdogan, dont le pouvoir en Turquie est fragilisé, pratique une fuite en avant guerrière, en Syrie comme en Libye. Dans ces conditions, la rivalité entre les deux régimes peut se transformer en une guerre régionale ouverte.

Ce qui se passe ces jours-ci dans la guerre d’Idlib, comme ce qui s’est passé ces dernières années en Syrie et aussi en Irak, donne une idée du prix que devraient en payer les populations.

Xavier LACHAU