Réforme des retraites : c’est toujours non !

12 Février 2020

Le 17 février s’ouvrira le débat sur le projet de loi sur la réforme des retraites en séance publique à l’Assemblée nationale. Entre-temps, une partie des quelque 22 000 amendements déposés, essentiellement par les députés de la France insoumise, auront été examinés, sans risque aucun pour le gouvernement, par la commission spéciale, majoritairement macroniste.

L’âge légal de départ à 62 ans aurait été entériné par cette dernière, ainsi qu’un des aspects les plus provocants de l’attaque, l’âge d’équilibre permettant d’obtenir une retraite à taux plein. Cet âge, dans les intentions du gouvernement, est pour l’instant envisagé à 65 ans, et encore sous toutes réserves. Le prétendu débat organisé par Édouard Philippe aura donc abouti à ce que les futurs retraités gardent le droit… de partir à 62 ans, avec une pension amputée par une décote. Par ailleurs les autres volets de l’attaque, en particulier le calcul de la pension sur l’ensemble de la carrière et le système par points, sont toujours programmés, comme le sont les 3 milliards d’euros à économiser chaque année d’ici 2050 aux dépens des futurs retraités.

Dans cette zone de flou baptisée projet de réforme, la notion de point de retraite vient déjà de se préciser, en tout cas dans les propos du récent secrétaire d’État Pietraszewski, successeur de Delevoye. La valeur de ce point, censée ne jamais baisser – promesse de Premier ministre – sera indexée, non sur les salaires, mais sur le revenu moyen d’activité par tête. Jusque-là inconnue au bataillon, cette nouvelle notion serait un indice bricolé par l’Insee sur demande du gouvernement, plus ou moins calculé sur « l’ensemble des Français, les revenus des indépendants, des fonctionnaires ». Aie confiance, comme disait le serpent Kâa à Mowgli, l’indexation du point sur cet indice fonctionnera à condition que l’équilibre financier soit maintenu.

De mensonge en zone d’ombre, de ruse en cafouillage, il n’y a rien d’étonnant à ce que le refus de la réforme soit toujours majoritaire dans la population ouvrière, et même dans l’opinion en général, comme le montrent les sondages récents.

Les grèves sont moins visibles, en tout cas dans les transports, les grévistes des chemins de fer et de la RATP étant tout de même contraints par l’arrivée des factures à retourner faire leur paye. Mais les manifestations, les rassemblements et actions diverses continuent. La journée du 6 février a encore réuni des dizaines de milliers de participants, 121 000 selon le ministère de l’Intérieur, peu suspect de sympathie pour le mouvement. Dans certaines villes, la mobilisation a même été supérieure à celle de la journée précédente, et parmi les pancartes et banderoles se remarquaient, en nombre, celles des salariés de l’Éducation nationale et des enseignants-chercheurs.

Avec les obstacles parlementaires et surtout la colère qui continue de s’exprimer, des salariés de l’Opéra de Paris aux avocats, en passant par les cheminots et bien d’autres catégories de travailleurs, notamment ceux de la santé, Macron, ses ministres et leurs donneurs d’ordres capitalistes sont loin d’en avoir fini avec l’opposition populaire à leur politique.

De prochaines journées de mobilisation auront lieu à l’appel des centrales syndicales, le 17 février qui se veut « journée morte dans les transports », puis le 20 février, journée nationale interprofessionnelle. Il faut qu’à nouveau, aux oreilles du gouvernement et du grand patronat, les dizaines de milliers de « non » que mérite leur hargne antiouvrière continuent de résonner.

Viviane LAFONT