Pénibilité : négociations pour la galerie

12 Février 2020

Jeudi 13 février, des négociations sur la pénibilité de certains travaux et sur les compensations éventuelles auxquelles elle pourrait donner droit devaient débuter à Matignon. Cette perspective réjouit fort Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, et lui seul.

Depuis des années, la direction de la CFDT entérine quasiment tous les reculs en matière de retraites au prétexte qu’elle compte obtenir des améliorations pour les salariés ayant effectué des travaux pénibles, usants ou dangereux. À ce jour rien n’a été obtenu, si ce n’est, sous Hollande, la reconnaissance platonique de certains critères de pénibilité sans que cela ouvre un quelconque droit nouveau, le gouvernement pliant régulièrement devant le refus patronal.

Macron avait entamé son quinquennat en faisant supprimer quatre critères de pénibilité : les postures pénibles, les manutentions de charges, les vibrations mécaniques, les agents chimiques dangereux. Puis, dans son tango-hésitation avec les directions syndicales lors du mouvement contre la réforme des retraites, Édouard Philippe avait promis une reprise des négociations sur ce sujet, une sorte d’œillade appuyée à la CFDT.

Les organisations patronales ont dicté d’avance leurs conditions. Si les syndicats de petits patrons veulent bien reconnaître qu’il faut compenser les travaux pénibles par des départs en retraite anticipés, ils refusent d’y consacrer un centime. Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, a quant à lui déclaré que « tenir compte de la pénibilité serait recréer des régimes spéciaux ». Et le porte-parole des exploiteurs à grande échelle d’ajouter que compenser la pénibilité n’inciterait pas à améliorer la prévention. Comme si le patronat s’était jamais soucié spontanément de prévention des risques au travail !

Il ne peut rien sortir de ce mauvais théâtre, peut-être même pas de quoi permettre à Laurent Berger de dire qu’il a obtenu une avancée en échange des reculs imposés aux travailleurs. Et il se contente pourtant de pas grand-chose…

Paul GALOIS