Nos lecteurs écrivent : D2L Group : encore plus de profits sur les précaires

12 Février 2020

Je suis en CDI en tant que cariste depuis près de six ans pour un groupement d’employeurs (GE) très particulier : D2L Group. Les groupements d’employeurs ont été initialement conçus pour le secteur agricole, pour des petites activités qui n’ont pas les moyens d’embaucher une personne à temps plein, le salarié signait donc un CDI au GE et était partagé sur plusieurs structures.

Mais ici, à Lens, c’est dans les grands groupes de la logistique que D2L Group a développé sa politique de GE. Par exemple ID Logistics, Geodis, XPO ou La Poste se partagent ainsi des salariés . Il est difficile de croire que de tels mastodontes ne puissent pas embaucher à temps plein.Toujours est-il que la formule de GE concoctée par D2L Group paie, du moins pour eux-mêmes et les entreprises. En revanche, pour les travailleurs des GE c’est une nouvelle forme de précarité.

C’est une véritable boîte d’intérim déguisée : les entreprises se débarrassent des salariés sans raison, et à tout moment, parfois sans prévenir, les laissant ainsi face aux directions des GE qui sont chargés de les placer ailleurs, dans un rayon de 50 km... et jusqu’à 80 km en réalité.

C’est une façon aussi de faire pression sur les travailleurs pour qu’ils s’interdisent d’être en retard, malade, syndiqué, gréviste, ou même simplement enceinte pour les femmes, car les impitoyables entreprises de logistique se débarrassent très vite d’eux. Huit délégués CSE sur dix ne sont même plus affectés à une entreprise, la mise au placard est donc aussi une résultante de la politique malsaine de D2L Group.

L’ancienneté ou l’égalité de traitement ne sont pas respectées. Les entreprises de logistique jettent des travailleurs GE avant qu’ils puissent bénéficier de primes comme le 13e mois, et pour qu’ils ne touchent jamais les primes de participation et d’intéressement. Sur certains sites d’ID Logistics, la perte due à ces nouvelles méthodes représente plus de 3 000 euros par an pour l’ouvrier.

Tout va bien pour le PDG de D2L Group, Guilhem Dufaure Delajarte. Fort de son succès auprès des grands patrons d’entreprises logistiques, et après une ascension fulgurante et plus de 4 000 CDI créés en dix ans, il fanfaronne sur les plateaux de BFM business et autres médias de la région lyonnaise, en qualifiant sa formule d’innovante et créative. Pire encore il a écrit un livre s’intitulant Le chômage n’est pas une fatalité, sûr qu’il ne vit pas dans le même monde que nous ! Déplacement en hélicoptère, siège social pharaonique, possession d’un haras et d’une équipe de ski nordique, et cotation en Bourse de D2L Group, tout l’argent perdu par les travailleurs GE est parti ainsi.

Mais la duperie ne durera pas éternellement. En 2017, 17 salariés GE de XPO Trappes ont utilisé leur droit de grève pour dénoncer ces conditions de travail. Pareil à Lens, en 2019, où plusieurs mouvements de protestation ont déjà eu lieu devant le siège de GE Nord. Aujourd’hui, la justice s’en mêle et de nombreux travailleurs attaquent les GE de D2L Group aux Prud’hommes. Les contestations ne sont pas près de s’estomper. Affaire à suivre…

Un travailleur du Nord