Incinérateurs parisiens : pressions contre les grévistes

12 Février 2020

Les 350 travailleurs de trois incinérateurs d’ordures de la région parisienne ont fait parler d’eux depuis qu’ils ont entamé une grève le 23 janvier.

Les poubelles s’accumulant dans des rues de Paris et de banlieue ont témoigné de leur rôle indispensable pour la vie quotidienne de six millions d’habitants.

Leur mouvement a été déclenché contre la réforme des retraites, arrêtant l’activité des incinérateurs d’Ivry-sur-Seine, de Saint-Ouen et d’Issy-les-Moulineaux. La grève a eu un impact sur la collecte des ordures, puisque les camions-poubelles ne pouvaient plus vider leur contenu sur les sites des incinérateurs, vite encombrés.

Les autorités ont réagi, d’abord en déroutant les camions vers des décharges en lointaine banlieue, où les habitants n’étaient pas très heureux de voir des déchets enfouis à côté de chez eux. Le préfet de police de Paris, le même Didier Lallement qui est responsable de tant de blessures de manifestants depuis plus d’un an, a aussi réquisitionné d’abord quelques dizaines, puis jusqu’à 162 salariés des incinérateurs, les privant de leur droit de grève.

Ces arrêtés préfectoraux ont été pris à la demande du Syctom, l’employeur de ces travailleurs, qui est dirigé par des notables de droite comme de gauche, élus à la tête de municipalités gérant en commun le traitement des ordures.

Les éboueurs de la ville de Paris participent aussi à ce mouvement : les demi-journées de grève se sont multipliées. Leur hiérarchie exerce des pressions pour qu’ils accélèrent la collecte des ordures. Elle leur ordonne par exemple de jeter directement les sacs poubelles dans les bennes, sans les avoir regroupés au préalable dans des bacs soulevés mécaniquement, comme il est normal de le faire pour éviter de se casser le dos. Elle essaye aussi d’imposer des horaires de collecte de 20 h à 4 h du matin, alors que les équipes finissent normalement à 23 h 30. Une partie des éboueurs refusent de suivre ces consignes qui visent à annuler les effets de leur grève.

Pour que la collecte et le traitement des ordures reprennent leur cours normal et que la salubrité des rues soit assurée, la seule chose que les autorités n’ont pas envisagée est de donner satisfaction aux grévistes qui ne veulent pas partir en retraite plus vieux et plus pauvres.

Lucien DÉTROIT