Burkina Faso : un pays au bord de l’effondrement

05 Février 2020

Au Burkina Faso, chaque semaine une attaque djihadiste fait de nouvelles victimes et oblige les survivants terrorisés à fuir les villages pour se réfugier loin de chez eux.

Le samedi 1er février, 18 civils ont ainsi été assassinés dans le village de Lamdamol. Comme à chaque fois, les assaillants sont arrivés sur des motos, ouvrant le feu sur les villageois, avant de s’enfuir. Le 25 janvier, 39 personnes étaient tuées à Silgadji dans les mêmes conditions. La population, prise de terreur, s’enfuit désormais en masse de la région. Le Burkina compte aujourd’hui 600 000 personnes déplacées, sur une population de 19 millions d’habitants. Venues des régions du nord frontalières du Mali, elles se réfugient plus au centre du pays, au mieux dans la famille ou chez des amis, le plus souvent dans des bâtiments réquisitionnés, voire sur les places publiques. Cette insécurité ne fait que croître, au moins un tiers du territoire échappant désormais à tout contrôle du gouvernement central.

La première attaque terroriste au Burkina a eu lieu le 15 janvier 2016, lorsqu’un commando de trois hommes fit 30 morts en attaquant un restaurant et un hôtel de la capitale Ouagadougou. Le gouvernement burkinabé avait alors voulu y voir un acte sans lendemain organisé de l’étranger. Mais, en quatre ans, force a été de constater que les mêmes ingrédients qui avaient permis à la menace djihadiste de proliférer au Mali étaient à l’œuvre dans le Burkina voisin : un régime où la corruption est la règle, une armée qui n’hésite pas à tuer des innocents dans les villages parce qu’un habitant a rejoint les djihadistes, et des prédicateurs islamistes qui en profitent pour attirer les plus déshérités. Comme au Mali, le cycle des violences interethniques s’est à son tour enclenché, entre Peuls, accusés sans distinction d’être complices des djihadistes, et populations Mossis, majoritaires au Burkina.

On entend souvent les dirigeants des grandes puissances reconnaître que, pour enrayer le développement du djihadisme, il faudrait ce qu’ils appellent une bonne gouvernance. Mais au Burkina, justement, un puissant mouvement populaire avait chassé en octobre 2014 le dictateur Blaise Compaoré, pour en finir avec sa dictature et la corruption généralisée. Les dirigeants français, après avoir exfiltré en hélicoptère leur ami Compaoré, n’ont eu de cesse que soit mis en place un régime capable de venir à bout de ces aspirations populaires, et où la corruption n’a pas vraiment reculé. Le dirigeant en est aujourd’hui Roch Kaboré, ce président que l’on a vu convoqué par Macron au sommet du G5 Sahel à Pau.

Sur le terreau entretenu par l’impérialisme, ce n’est certainement pas l’intervention militaire française qui pourra enrayer la spirale djihadiste, même avec 600 soldats de plus,comme vient de l’annoncer Macron.

Daniel MESCLA