Le devoir de mémoire et celui de comprendre

29 Janvier 2020

Outre celle de Jérusalem, une cérémonie s’est déroulée le 27 janvier en Pologne, sur le site même d’Auschwitz, où entre 1940 et 1945 plus d’un million d’êtres humains ont été exterminés, à 90 % des Juifs déportés de tout le continent européen.

Le président polonais Andrzej Duda, qui orchestrait la cérémonie, s’est appuyé sur le choix de cette date fait par l’ONU en 2005 pour commémorer la libération des camps nazis, mais il voulait surtout intégrer l’événement à son répertoire nationaliste tourné en particulier contre la Russie.

Pour tous ces dirigeants politiques, le devoir de mémoire consiste surtout à rappeler à tous et à tout bout de champ leurs ambitions et leurs rivalités. Mais pour répondre à ceux qui sont sincèrement émus au souvenir du massacre, continuant à se demander comment cela a été possible et que faire pour que cela ne se reproduise pas, il ne faut pas compter sur ces politiciens. Édouard Philippe, représentant du gouvernement français à Auschwitz, a ainsi résumé la question devant des lycéens qui l’accompagnaient : « Il vous appartiendra désormais (...) de dire ce que vous avez vu et de faire en sorte que collectivement, nous n’oublions pas qu’il y a eu ici l’un des pires exemples dinhumanité. »

Il suffirait donc de recommander aux populations de ne pas oublier ? Bien sûr toute personne un tant soit peu humaine n’oublie pas que, durant la ­Deuxième Guerre mondiale, un État d’un des pays d’Europe parmi les plus civilisés, a utilisé des moyens industriels ou une balle dans la nuque pour exterminer six millions de Juifs dans les camps. Mais quant à expliquer pourquoi cela s’est produit, les dirigeants de ce monde n’ont aucune réponse à donner, sinon d’évoquer la folie d’Hitler ou de mentir sur le peuple allemand qui aurait été subjugué par les prétendues qualités d’orateur du « führer », sans rappeler qu’il n’a jamais obtenu une majorité électorale en Allemagne et qu’il a été nommé chancelier avec l’appui de tous les partis de droite et l’accord tacite de tous les États impérialistes.

L’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933 était d’abord le résultat de la crise du capitalisme survenue en 1929, aux conséquences particulièrement dramatiques en Allemagne. Hitler et le Parti national-socialiste étaient devenus un recours pour la bourgeoisie allemande, le moyen d’écraser les travailleurs les mieux organisés d’Europe et de préparer la guerre. Les premiers à être enfermés et torturés en Allemagne furent les militants ouvriers.

Alors, les politiciens et les dirigeants de ce monde peuvent verser de temps en temps dans « le devoir de mémoire » à propos de l’extermination des Juifs d’Europe ; la société qui a produit cette monstruosité est la même que celle qu’ils dirigent aujourd’hui. Leurs discours ne seront d’aucun secours pour empêcher le capitalisme d’engendrer de nouvelles barbaries.

Boris SAVIN