Aéroports régionaux : une gestion de haut vol

29 Janvier 2020

En moins de dix ans, une grande partie des aéroports français ont été privatisés, en totalité ou en partie, alors qu’ils étaient auparavant propriété de l’État, et donnés en gestion par les collectivités locales, généralement aux chambres de commerce et d’industrie (CCI).

Les différents gouvernements ont progressivement bradé les aéroports régionaux.

Depuis, ces aéroports sont devenus, pour le plus grand bonheur des nouveaux propriétaires, de véritables machines à cash, le transport aérien ne cessant de progresser. L’aéroport de Nice a vu passer 14,5 millions de passagers en 2018, soit une croissance de 50 % en dix ans. Celui de Toulouse-Blagnac atteint désormais presque 10 millions de voyageurs, un chiffre multiplié par deux en dix ans...

Vinci a été le principal bénéficiaire de ces privatisations, puisqu’il contrôle actuellement douze aéroports, parmi lesquels Lyon-Satolas, Rennes, Nantes, Clermont-Ferrand, Grenoble… Eiffage se lance également dans la partie et a acheté récemment l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Ces deux compères sont également, comme par hasard, parmi les principaux concessionnaires d’autoroutes.

En décembre dernier, le président de la métropole de Lyon, David Kimelfeld, avait poussé son cri de protestation contre Vinci, gestionnaire de l’aéroport de Lyon-Satolas : « Depuis sa privatisation en 2016, Aéroport de Lyon a distribué 74 millions d’euros de dividendes à ses actionnaires… Non seulement Vinci distribue l’ensemble des bénéfices à ses actionnaires, ce qu’on ne fait jamais dans une entreprise, mais il pioche dans les réserves de trésorerie. » Évidemment, Kimelfeld n’a rien d’un révolutionnaire. Il n’est que le concurrent de Gérard Colomb aux prochaines élections, lui qui se félicitait d’avoir trouvé en Vinci « un opérateur, un vrai », et un partenaire de confiance.

Mais, visiblement, vider la caisse au profit des actionnaires n’est pas une spécialité lyonnaise. Dans tous les aéroports privatisés, la quasi-intégralité des bénéfices sont transformés en dividendes, et l’essentiel des fonds de trésorerie remontent aux actionnaires. Ainsi, à Clermont-Ferrand, l’actionnaire a reçu 1,1 million de dividendes pour 750 000 de bénéfices. À Grenoble, les actionnaires se sont partagé 2,4 millions, pour 1,8 million de bénéfices, laissant les caisses vides. Pour cet aéroport, ils ont même réussi à faire payer les investissements par les contribuables : sur 19 millions d’euros investis entre 2009 et 2019, 3 millions ont été payés par Vinci, et 13 par le département.

Gouvernance locale et ministres, tous se retrouvent d’accord : Vinci, Eiffage et consorts sont là pour poursuivre leurs vols. Le tout est de s’entendre sur le bon usage des aéroports.

Bertrand GORDES