Turquie : face à l’inflation, les travailleurs réclament leur dû

22 Janvier 2020

En Turquie, au moment où Erdogan estime n’avoir rien de mieux à faire que de lancer le pays dans une nouvelle guerre en Libye, le mécontentement des travailleurs va croissant.

Les travailleurs subissent l’inflation galopante liée à l’écroulement de la monnaie turque et à la crise économique, elle-même liée aux crises en Irak, en Iran ou en Syrie.

Dans la métallurgie en particulier, les négociations collectives bisannuelles viennent de s’ouvrir et, face à l’attitude du patronat, le mécontentement explose. Il propose en tout et pour tout une augmentation des salaires de 6 %, mais aussi une plus grande flexibilité, et d’espacer désormais les négociations de trois ans, au lieu de deux, ce qui reculerait d’autant le réajustement des salaires.

À Bursa, la ville où se concentre l’industrie automobile, non loin d’Istanbul, les protestations ont commencé parmi les travailleurs des usines Renault, Fiat, Bosch, Delphi… Dans ce pays où la grève est étroitement réglementée, ils ont commencé par arriver collectivement en retard de dix minutes, avant de faire une demi-heure de grève. Le syndicat Türk Metal est lié au pouvoir et à l’extrême droite, mais se souvient comment en 2015 les travailleurs de Bursa s’étaient mis en grève pour les salaires, malgré et contre lui. Sous la pression de leur colère, il a donc pris l’initiative des débrayages. Dimanche 19 janvier, il a organisé un meeting au centre de Bursa, où sont venus également des travailleurs de la métallurgie d’autres villes comme Istanbul, Ankara, Izmir et d’autres.

Le même jour, l’autre syndicat, Birlesik Metal, lié à la confédération DISK, organisait un meeting à Gebze, près d’Istanbul, revendiquant 34 % d’augmentation alors que Türk Metal n’avance pas de chiffre. Il craint, s’il le fait, d’être perçu comme timoré et, s’il avance un chiffre conforme au rattrapage souhaité par les travailleurs face à l’inflation, que cela les encourage à lutter jusqu’au bout pour l’obtenir.

Lors de ces meetings, on a entendu des slogans tels que « Ce n’est qu’un début », « Grève générale », « Nous ne reculerons plus ». Sentant la montée du mécontentement, le patronat a porté sa proposition à 10 % d’augmentation, toujours bien loin de l’inflation, même selon les chiffres officiels. Il en faudra plus pour arrêter une mobilisation ouvrière qui ne fait peut-être que commencer.

Julien SILVA