Porto Rico : catastrophes pas seulement naturelles

22 Janvier 2020

Alors que la population est victime de séismes à répétition, la découverte, le 19 janvier, d’un entrepôt contenant de l’aide d’urgence non distribuée, suite à la dévastation de l’île par les ouragans Irma et Maria en septembre 2017, a provoqué un scandale.

Deux ans et demi après, les vivres sont périmés, tandis que des milliers de gens manquent de tout. L’indignation a débouché sur une première manifestation le soir même, et le lendemain par une autre de plus grande ampleur.

Cette île hispanophone des Caraïbes a été annexée de fait par les États-Unis il y a 121 ans. Mais ses habitants n’ont toujours pas les mêmes droits que les autres citoyens américains : ils n’ont pas de représentants au Congrès et ne votent pas pour élire le président. En revanche, le gouvernement américain ne se prive pas de prendre des décisions dont les Portoricains subissent les conséquences.

Depuis des années, l’île est plongée dans la récession. Du fait de son surendettement, les infrastructures ne sont plus financées, les services publics ont vu leurs budgets réduits, les aides sociales aussi.

C’est une population épuisée par une crise économique permanente qui a été touchée durement par les ouragans de 2017. Le réseau électrique a été endommagé, privant de courant des centaines de milliers de personnes. D’autres ont perdu leur maison. En conséquence, un demi-million de personnes ont émigré, faisant diminuer de 14 % le nombre d’habitants !

Avec un racisme quasiment assumé, alimenté par un mépris envers les pauvres – plus de 40 % des Portoricains vivent en dessous du seuil de officiel de pauvreté –, Trump avait nié pendant des mois la gravité de la catastrophe. Très tardivement, le gouvernement américain avait fini par reconnaître que près de 3 000 personnes avaient trouvé la mort et il avait débloqué 20 milliards de dollars pour la reconstruction.

Mais la population n’a pas vu grand-chose ni de l’aide d’urgence ni de ces fonds. D’autant moins que Trump a bloqué toute une partie de cette somme, prenant comme prétexte la corruption des autorités locales.

Ce qui était certainement le cas du gouverneur Rosselló et de son entourage. Il a d’ailleurs été obligé de démissionner en août dernier, sous la pression de manifestations répétées regroupant jusqu’à un demi-million de personnes.

Mais les corrupteurs se trouvent du côté des grandes entreprises américaines qui ont remporté les contrats de reconstruction. Ainsi, Cobra Acquisitions a remporté un contrat de 1,8 milliard de dollars pour réparer le réseau électrique, sans avoir aucune expérience en la matière. La révélation de ce scandale a mené à l’arrestation de son PDG ainsi que de deux hauts fonctionnaires américains.

Depuis deux mois, Porto Rico est touché par une série de tremblements de terre. Le plus important a eu lieu le 7 janvier. À nouveau des maisons se sont effondrées et des gens dorment dehors. Des ponts se sont écroulés, des bâtiments scolaires sont fissurés. Encore une fois, la principale centrale électrique est hors de service : les autorités annoncent une année de travaux, donc une année sans courant pour ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter et de faire fonctionner un groupe électrogène.

Avec la découverte de l’aide non distribuée, ce retour aux conditions de survie, comme après les ouragans de 2017, révolte la population. Pour éviter d’être emportée comme son prédécesseur, la nouvelle gouverneure Vásquez a rapidement limogé trois membres de son cabinet. Mais il n’est pas du tout certain que cela contente les manifestants, qui sont profondément convaincus que ni les autorités locales ni celles de Washington ne prennent en compte leurs besoins.

Lucien DÉTROIT