Libye : réunion de prédateurs à Berlin

22 Janvier 2020

Les dirigeants des pays impliqués dans la guerre en Libye ont signé dimanche 19 janvier un accord à Berlin. Il y avait du monde autour de la table, car l’intervention militaire des grandes puissances menée par la France en 2011 a ouvert la porte à une guerre civile sans fin, dans laquelle ne cessent de s’ingérer de nouveaux acteurs.

Dernières en date, la Russie et la Turquie se sont mises dans la partie, dans des camps opposés. La Russie soutient le général Haftar qui a entamé en avril dernier le siège de Tripoli. Son armée bénéficiait déjà du soutien de l’Égypte, des Émirats arabes unis, de l’Arabie saoudite et plus discrètement de la France. La Turquie, elle, s’est rangée du côté de Fayez el-Sarraj, désigné il y a quatre ans par des grandes puissances pour diriger le pays. Son gouvernement, qualifié d’Accord National, bénéficiait déjà du soutien du Qatar et d’Oman. Le président Erdogan s’apprête à déployer des troupes en Libye pour le soutenir.

La Libye est riche en pétrole, ce qui fait d’elle une proie convoitée. La rivalité s’est longtemps limitée à un duel entre la compagnie française Total et l’italienne ENI. Les champs de pétrole se trouvant dans la zone contrôlée par Haftar, la France a pris son parti. L’Italie, elle, a préféré miser sur son rival qui contrôle la compagnie nationale libyenne, laquelle espère retrouver un jour ses droits sur la totalité du pétrole libyen. Mais l’irruption de la Russie et de la Turquie a introduit de nouveaux prétendants à la curée. La Turquie a couplé son soutien militaire au gouvernement de Tripoli à un accord maritime lui donnant accès à des zones potentiellement riches en hydrocarbures, qui sont d’ailleurs revendiquées par la Grèce et par Chypre. Quant aux compagnies russes Rosneft ou Gazprom, des mercenaires sont là pour défendre leurs prérogatives.

La déclaration élaborée à Berlin promet un cessez-le-feu permanent. Ses signataires ont même juré de s’abstenir de toute ingérence dans le conflit armé. C’est risible, à propos d’un conflit qu’ils ne cessent d’attiser. Le sort de la population libyenne, l’enfer que vivent les habitants de Tripoli, sur lesquels s’abattent drones émiratis, missiles made in France ou obus russes, n’émeut nullement les participants de la conférence. Ils veulent juste se partager le gâteau, en fonction des nouveaux rapports de force sur le terrain et toujours au détriment de la population.

Daniel MESCLA