Liban : la crise s’approfondit

22 Janvier 2020

Un gouvernement a été constitué le 21 janvier, mais il est peu probable qu’il soit capable de répondre à la colère de ceux qui manifestent depuis plus de trois mois au Liban.

Désigné le 19 décembre, le Premier ministre Hassan Diab a déjà été ministre dans le passé et appartient à cette classe politique aujourd’hui rejetée par une partie de la population, en particulier dans la jeunesse. C’est aussi le cas de l’ensemble de son gouvernement, formé à la suite de tractations entre les partis confessionnels qui se partagent le pouvoir depuis toujours.

Les manifestants sont toujours aussi déterminés à exiger de ceux qui gouvernent le droit à vivre correctement de leur travail, sans avoir à faire les frais de la crise des liquidités et sans supporter la corruption institutionnalisée des politiciens.

Le 14 janvier était même le signal de départ de la « semaine de la colère » portant bien son nom. Les manifestants ont subi la répression qui s’est soldée, le 19 janvier, par plusieurs centaines de blessés à Beyrouth. La colère est celle des milliers de salariés qui, en novembre et décembre, ont vu leur paye amputée de 50 %. La crise des liquidités a déterminé la banque centrale, sous pression de la bourgeoisie libanaise, à fournir aux importateurs de blé, de médicaments et de carburant, en octobre dernier, 85 % des devises nécessaires au taux officiel donc bien inférieur au taux réel. Les patrons de l’industrie et des services exigent à présent le même avantage. Mais les uns et les autres en ont profité, fin 2019, pour supprimer 160 000 postes et réduire drastiquement les salaires.

3 700 riches Libanais captent autant de richesses que la moitié des 6 millions d’habitants du pays. Un quotidien citait ainsi les raisons de la colère d’une jeune manifestante de Tripoli, rencontrée sur un barrage : « Mes proches, mes voisins, n’avaient plus de quoi s’acheter du pain ou se faire soigner. Alors qu’à quelques pas seulement, les familles les plus riches du Liban se font construire des maisons, font fi de notre existence et ne daignent nous approcher qu’avant les élections, histoire de s’assurer nos voix. »

Face à une classe politique qui fait la sourde oreille afin de continuer à se partager le gâteau, les manifestants, pour lesquels la démission fin octobre du précédent Premier ministre Saad Hariri n’a représenté qu’un léger recul, risquent fort de ne pas se contenter d’un vague remaniement ministériel et de promesses creuses. La répression, de son côté, ne peut qu’accroître les raisons de la colère.

Viviane LAFONT