Emploi des seniors : vers la fabrique de chômeurs âgés ?

22 Janvier 2020

La commission chargée par le gouvernement d’enquêter sur l’emploi des seniors a rendu sa copie. Sa conclusion peut se traduire par ces mots : cela ne va pas être simple !

Dans la machine de guerre contre les travailleurs que constitue la réforme des retraites, l’intention affichée par Macron-Philippe « d’inciter la population à travailler plus longtemps » tient un rôle important : comment pourraient-ils argumenter sur l’allongement de la durée de cotisation ou le recul de l’âge de départ, sans tenter de jouer sur la variable « nombre de seniors au travail » ?

La tâche ne va pas leur être plus facile après le rapport. Et les spécialistes des ressources humaines participant à la commission, notamment une dirigeante de Sodexo et un DRH de Bouygues Construction, auront du mal à justifier leurs émoluments.

Alors que 52 % des 55-64 ans ont un emploi, les autres se partagent entre l’arrêt-maladie, l’invalidité ou le chômage. Quant aux 60-64 ans, seuls un tiers d’entre eux ont un emploi. Bon gré, mal gré, ils occupent des postes que beaucoup préféreraient laisser aux jeunes sans emploi, s’ils pouvaient bénéficier de la pension de retraite correcte à laquelle ils ont tout à fait droit après une vie de labeur.

D’ailleurs, les gouvernants et le grand patronat devraient s’en réjouir : de plus en plus nombreux sont ceux et celles qui, bien que retraités, sont contraints de retrouver un emploi, faute de ressources suffisantes pour vivre ! Leur nombre a triplé en dix ans. De même qu’a presque triplé, et en six ans seulement, le nombre de seniors, pardon, d’expérimentés, qui pointent à Pôle emploi comme chômeurs de catégorie A, sans aucun travail déclaré.

Alors, foin des bons conseils de la commission, comme de mettre en place la prévention, la formation continue, de faciliter le maintien au poste (avec des plans inclinés et l’élargissement des portes ?), et même de… « faire évoluer les représentations » ! Les travailleurs, jeunes et moins jeunes, ont largement et bruyamment montré, dans la rue comme dans les sondages, qu’ils ne voulaient pas de la réforme Macron. Ce n’est pas une poignée de larbins patronaux, bien payés pour enfoncer des portes ouvertes, qui les convaincront.

V.L.