Suspension de l’âge pivot : pseudo-compromis et vraie arnaque

15 Janvier 2020

En annonçant le 11 janvier que la mesure instituant l’âge pivot était suspendue, Édouard Philippe a parlé de compromis et a demandé que chacun, gouvernement et syndicats, y mette du sien. Son discours restera comme un exemple de mensonge débité de sang-froid et avec le plus grand culot.

Le mouvement contre la retraite par points et toutes ses conséquences désastreuses pour les salariés était déjà commencé lorsque Philippe a sorti de son chapeau cet âge pivot. Cette mesure était une provocation à l’encontre des grévistes et une mise en scène pour permettre à Laurent Berger de jouer pendant quelques semaines à l’opposant sans frais, contre l’âge pivot mais pour la retraite à points.

En revanche, et c’était le but recherché, l’annonce du retrait de cette mesure a permis à une collection de bavasseurs d’affirmer que, les grévistes ayant obtenu quelque chose, ils devaient mettre fin à leur mouvement. Les ministres, les députés, les commentateurs à deux sous la ligne y sont allés de leur leçon de morale. Et, bien entendu, Laurent Berger, au nom de la CFDT a prétendu avoir arraché ce recul du gouvernement.

Le gouvernement n’a retiré évidemment que du vent, et il en profite même pour exiger que rien ne vienne « augmenter le coût du travail », phrase toute faite pour dire que rien ne doit diminuer les profits patronaux. Il demande même aux confédérations syndicales de faire des propositions qui respectent ce commandement. Mais comment donc pourrait-on améliorer le sort des salariés et des retraités sans diminuer le profit des patrons, puisque l’un est, et a toujours été, en raison inverse de l’autre ?

Pourtant les dirigeants syndicaux, et pas seulement ceux de la CFDT, se montrent prêts à se précipiter dans de prétendues négociations qui commencent sur des présupposés entièrement défavorables aux travailleurs. Ce n’est que conforme à leur attitude, qui consiste à aller négocier quoi qu’il arrive, c’est-à-dire à participer à toutes les parlottes que gouvernement et patronat leur proposent, même quand il est évident qu’il n’en sortira rien sinon des reculs. C’est aider le gouvernement à forger l’alibi d’un prétendu dialogue.

Ceux des dirigeants syndicaux qui dénoncent à juste titre la manœuvre de Philippe donneraient du poids à leurs propos et de l’allant aux grévistes en refusant de participer à de telles mises en scène.

Paul GALOIS