Nos lecteurs écrivent -- Des élèves handicapés laissés sur le bord du chemin

15 Janvier 2020

« Enseignante dans une école maternelle d’une ville ouvrière du Nord, mes collègues et moi sommes confrontées à une situation difficile concernant l’inclusion dans nos classes des élèves en situation de handicap. En effet il y a une grande différence entre les annonces du ministre de l’Éducation nationale, Blanquer, et ce qui se passe réellement.

Selon la circulaire reçue en septembre 2019, « dès la rentrée sera institué un service public de l’école inclusive afin de ne laisser aucun élève au bord du chemin ». Le gouvernement annonce de grands principes, mais il ne nous donne absolument pas les moyens de mettre en application un accueil adapté pour les élèves. Pour les parents et les enseignants, il est très long et très compliqué de faire reconnaître le handicap d’un enfant. Il faut en moyenne un an pour obtenir une réponse concernant l’attribution ou non d’un accompagnant d’élève en situation de handicap (AESH) dans la classe. Et il suffit qu’il manque un simple document pour que l’attente soit prolongée de plusieurs mois.

La surprise de la rentrée de septembre 2019 a été que, pour les élèves de notre école ayant obtenu le droit d’être accompagnés d’un AESH, cet accompagnement n’était pas individuel, comme nécessaire, mais mutualisé à plusieurs élèves en situation de handicap. Donc les heures attribuées à chaque élève ont fortement diminué. Et pourtant les parents d’enfants handicapés se sentent souvent démunis face à cette situation et ils attendent beaucoup de l’école.

Cette situation est révoltante, car les élèves peuvent avoir des handicaps lourds et des comportements dangereux pour eux-mêmes, les autres élèves et le personnel de l’école. D’accord bien sûr pour l’accueil de ces enfants dans nos classes, mais il faudrait avoir les moyens nécessaires pour le faire correctement, avec du personnel suffisant et formé, mais aussi du matériel et des locaux adaptés.

Pour l’instant, avec l’ensemble des collègues, nous gérons la situation au quotidien, avec des bouts de ficelle et beaucoup de dévouement de la part du personnel. De plus, nos collègues AESH sont recrutés avec des contrats très précaires et des salaires de misère : comme le temps partiel leur est imposé, ils ne sont payés qu’entre 600 et 800 euros par mois. Le problème est le même partout, c’est pour cela que les AESH ont manifesté le 20 novembre dans toute la France contre la précarité, pour un emploi stable et correctement payé.

Ce que nous vivons au quotidien est inacceptable, tant pour l’ensemble des élèves que pour le personnel. Le gouvernement se moque des élèves des quartiers populaires. »

Une enseignante du Nord