Martinique : la colère explose

15 Janvier 2020

Lundi 13 janvier, le procès de sept militants anti-chlordécone, ce pesticide qui a empoisonné la population de Martinique au seul profit des gros planteurs de bananes, devait se dérouler au tribunal de Fort-de-France.

Sur demande des avocats de la défense, l’affaire a été reportée au 3 juin. Une raison est la grève des avocats, mais ces derniers ont aussi plaidé le manque de sérénité environnant le procès en raison des violences autour du tribunal.

Près de 200 jeunes et militants des organisations nationalistes, des syndicats, ainsi que nos camarades de Combat ouvrier étaient venus soutenir les militants prévenus. Mais face au refus de la police de laisser entrer les manifestants dans la salle d’audience ou même dans le hall et la cour du palais de justice, la colère des jeunes a explosé. Lorsqu’ils ont fait tomber une barrière grillagée, la police a riposté à coups de grenades lacrymogènes et assourdissantes. La colère des jeunes a décuplé : pierres, bouteilles, cocktails Molotov ont été lancés pendant des heures sur la police. Un car de police a pris feu, atteint par une bouteille enflammée. Au moins un jeune a été grièvement blessé au visage par un flash-ball. Beaucoup de jeunes des quartiers de Fort-de-France, en particulier de Terre-Sainville, sont venus prêter main forte à ceux qui avaient commencé à riposter à la police. L’affrontement a duré une bonne partie de la nuit. Quatre jeunes ont été interpellés.

Pour comprendre cette affaire, il faut remonter à la mi-octobre. Depuis cette date, un groupe de jeunes protestataires soutenus par certains groupes nationalistes a entrepris de bloquer, le samedi, les accès des magasins appartenant aux gros possédants békés de l’île. Ils dénoncent la responsabilité de ces derniers dans l’empoisonnement de la population au chlordécone et réclament réparation.

Tour à tour, les supermarchés du groupe Bernard Hayot (le plus riche béké des Antilles) ont été perturbés, tels les magasins Carrefour de Genipa à Ducos, de Cluny ou Dillon à Fort-de-France, Euromarché au Robert, le magasin M. Bricolage ou le magasin de vente de matériaux de Lagarrigue.

Les sept militants convoqués au tribunal avaient été interpellés à leur domicile il y a plusieurs semaines et mis en garde à vue. Ils sont suspectés d’avoir participé aux échauffourées à la suite de l’action des gendarmes contre des militants qui bloquaient les entrées du centre commercial Océanis et le supermarché Euromarché du groupe Hayot dans la commune du Robert.

Les faits s’étaient déroulés le samedi 23 novembre. Ce jour-là, les gendarmes envoyés en nombre s’étaient interposés brutalement pour empêcher le blocage du centre commercial. Provocations et bagarres s’en étaient suivies entre gendarmes et militants car ces derniers, les drapeaux indépendantistes rouge-vert-noir déployés, entendaient maintenir leur blocage.

L’explosion de colère des jeunes en soutien aux militants anti-chlordécone aura eu l’avantage de montrer au préfet, à sa police, et aux gros possédants békés que, s’ils persistent à régler cette affaire par la force, ils trouveront du répondant en face.

Marianne TIBUS