Malte : les mafieux et leurs complices

15 Janvier 2020

Soupçonné d’être lié à l’assassinat d’une journaliste, le Premier ministre de Malte, Joseph Muscat, a fini par démissionner le 12 janvier.

Son successeur, Robert Abela, un avocat d’affaires du Parti travailliste lui aussi, et fils d’un ex-président, est un homme du sérail. Il a d’ailleurs annoncé qu’il continuerait « avec les recettes gagnantes » de son prédécesseur, et n’a aucunement évoqué l’affaire.

Le 16 octobre 2017, la journaliste Daphne Caruana Galizia était tuée par l’explosion à distance d’une bombe placée sous sa voiture. Elle enquêtait sur l’argent sale provenant des milieux mafieux et de leurs complices dans l’appareil d’État maltais. Si, deux mois plus tard, les trois exécutants de l’attentat étaient arrêtés, la recherche des commanditaires a traîné en longueur. Il a fallu toute la détermination des enfants de la journaliste pour qu’enfin, deux ans après les faits, soit arrêté Melvin Thomas, le recruteur des tueurs. Puis, de dénonciation en dénonciation, cela a été le tour du commanditaire, l’homme d’affaires Yorgen Fenech, qui a aussi des investissements très rentables en France dans le monde hippique et l’hôtellerie de luxe, puis du chef de cabinet du Premier ministre et de plusieurs ministres. Il semblerait donc qu’une grande partie, sinon la totalité de l’appareil d’État soit gangrenée par le milieu des gangsters.

Située au cœur de la Méditerranée, à 100 kilomètres de la Sicile, la petite île de 493 000 habitants est un paradis fiscal pour les mafias proches ou plus lointaines (italiennes, russes, libyennes, américaines, etc.) qui cherchent à blanchir l’argent de la drogue, des jeux, des rackets et trafics en tout genre, ou de la prostitution. Aucun contrôle n’est effectué sur l’argent provenant d’Italie, la police et la douane ayant avant tout le regard tourné sur les migrants dans le but de les refouler, vu qu’ils arrivent les poches vides.

Ce qu’il est convenu d’appeler pudiquement l’optimisation fiscale s’étend bien plus largement qu’aux trafiquants. Malte a toujours été accueillante aux sociétés offshore qui plaçaient leurs capitaux dans l’île. Si son entrée dans l’Union européenne en 2004 a changé la forme des avantages octroyés aux sociétés étrangères, cela n’a pas remis en cause son statut de paradis fiscal, l’accord conclu en 2006 avec la Commission européenne l’officialisant même. Ainsi, l’impôt sur les bénéfices des sociétés y est fixé à 5 %, alors qu’en France il est encore cette année de 28 %. Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, de trouver parmi les clients des banques maltaises les noms de grandes sociétés françaises telles que PSA, Renault, Auchan et bien d’autres. En tout, 53 000 sociétés de différents États y sont immatriculées.

Mieux peut-être que ne le font les banques suisses, celles de Malte protègent les placements effectués par des possédants, à condition qu’ils soient résidents maltais. Or, quoi de plus facile que de le devenir, à condition de posséder au moins un million d’euros ? Depuis 2013, avec cette somme, il est possible d’acheter un passeport maltais, qui vient doubler celui que l’on possède et qui donne en plus aux spéculateurs et trafiquants non européens la possibilité de voyager librement dans tous les pays de l’Union.

L’enquête sur l’assassinat de Daphne Caruana Alizia met le doigt là où ça fait mal, bien que ce ne soit un secret pour personne : sur la collusion entre les dirigeants politiques maltais, les mafias et les gangsters assassins.

Marianne LAMIRAL