Autriche : les Verts au gouvernement… avec les mêmes qu’avant

15 Janvier 2020

Le nouveau gouvernement autrichien a été formé début janvier, à la suite des élections anticipées de septembre dernier. Le chancelier conservateur Sebastian Kurz, allié avec le parti d’extrême droite FPÖ jusqu’en mai 2019, avait en effet rompu avec celui-ci après un scandale de corruption.

Le scandale ayant impliqué Heinz-Christian Strache, alors vice-chancelier et chef du FPÖ, la nouvelle coalition se compose cette fois de l’ÖVP de Kurz et des Verts. « Les négociations n’ont pas été faciles , a précisé Kurz, car les deux partis ont des orientations programmatiques très différentes, mais nous avons obtenu un résultat excellent qui est le meilleur des deux mondes. » Il y a encore quelques mois, les Verts apparaissaient en effet comme la formation la plus critique envers l’ancien exécutif autour de Kurz.

Mais l’appel de la mangeoire gouvernementale a visiblement fait disparaître tous les états d’âme et permis de concilier les « orientations programmatiques très différentes » : le congrès des Verts a approuvé, à 93 %, l’accord de gouvernement. La même hypocrisie domine bien sûr du côté de Kurz. Il y a deux ans, lors des élections précédentes, son propre parti avait présenté comme porteurs d’un danger communiste les Verts, qui envisageaient alors de s’allier, en cas de victoire, avec les sociaux-démocrates, lesquels gouvernaient à ce moment-là avec l’ÖVP !

Aujourd’hui en Autriche, comme dans le reste de l’Europe, beaucoup présentent la participation des Verts à la nouvelle alliance gouvernementale comme une nouveauté. En réalité, s’ils sont pour la première fois associés à un gouvernement fédéral, les Verts participent depuis des années à des coalitions au niveau des länder, et ils ont pu y faire la preuve de leur responsabilité vis-à-vis des possédants. C’est aussi un ancien dirigeant des Verts qui occupe la présidence de la République. Alors, la preuve est largement faite que la bourgeoisie n’a rien à craindre de ce petit renouveau de son personnel politique. Quant à l’inflexion « verte » qui – air du temps oblige – doit être donnée à l’action gouvernementale, il est surtout question que l’État aide massivement les trusts à réussir la transition vers des technologies « respectueuses de l’environnement ».

Si une taxe carbone n’a pas encore été décidée, comme c’est déjà le cas en Allemagne, où elle va renchérir le coût de l’essence et de l’alimentation pour la population laborieuse, le gouvernement y réfléchit. L’accord précise également que, si une nouvelle vague de réfugiés survenait, le gouvernement pourrait prendre des mesures contre eux, en s’appuyant ponctuellement sur d’autres partis, et donc le FPÖ d’extrême droite ; cela permettrait aux Verts, qui ont toujours été opposés à cette démagogie xénophobe, de sauver la face… sans démissionner du gouvernement. Cela permet même déjà à leur chef, Werner Kogler, de prétendre qu’« il est possible de protéger le climat et les frontières en même temps ».

Pour le reste, le programme gouvernemental comporte une nouvelle série d’aides aux patrons, dont la baisse de l’impôt sur les sociétés de 25 à 21 %. Les dirigeants de l’industrie ont salué le nouveau gouvernement, tout en lui transmettant aussitôt leurs exigences, dont l’élévation à 67 ans de l’âge de la retraite.

L’Autriche est un pays riche et beaucoup de travailleurs ont le sentiment que la situation y est moins dure qu’ailleurs. Mais les attaques qui s’y déroulent et vont se poursuivre ne sont guère différentes de celles qui ont lieu partout en Europe. L’offensive des possédants est en marche et les travailleurs devront y riposter.

Henri MARNIER