Vœux de Macron : du vent !

07 Janvier 2020

Pendant les 18 minutes de ses vœux du 31 décembre, Macron s’est livré à son exercice habituel : brasser du vent.

Il a ainsi égrené les poncifs sur un prétendu « esprit français », évoqué rapidement l’écologie, passé la main dans le dos des maires à quelques semaines des élections municipales, avant de se jeter à lui-même des fleurs, reprenant la fable de l’amélioration de la situation économique et de la baisse du chômage. Les quelque six millions de travailleurs privés d’emploi apprécieront.

Sans surprise, il a repris la propagande selon laquelle le projet de réforme des retraites serait pétri de « progrès et de justice sociale », et le mouvement exigeant son retrait ne serait fait que de peurs et d’angoisses, et surtout de beaucoup de mensonges et de manipulations.

Alors que les travailleurs de la SNCF et de la RATP terminaient leur quatrième semaine de grève, Macron s’adressait à l’électorat de droite et au patronat pour afficher sa volonté de faire passer sa réforme et leur montrer que, malgré tout, il tient ferme la barre et qu’ils peuvent lui faire confiance. Il a aussi invité des partenaires sociaux à trouver un compromis rapide. Le mot a été depuis repris sur tous les tons par les ministres et par la presse, mais la ficelle était un peu grosse : un compromis sur la base du projet du gouvernement, cela signifierait accepter sa réforme, tout juste habillée de menus aménagements.

Macron a certifié que la réforme prendra en compte les tâches difficiles pour partir plus tôt. En son temps, Sarkozy avait réalisé une manœuvre de diversion similaire en instaurant une retraite pénibilité à 60 ans pour quelques-uns, afin de mieux faire passer le recul de l’âge de départ à 62 ans pour tous. Hollande utilisa ensuite la même ficelle pour augmenter le nombre d’années de cotisation en 2013. Depuis, même une telle mesurette coûtant trop cher au patronat, Macron en a réduit drastiquement le nombre de bénéficiaires… réduction qu’il propose donc de discuter aujourd’hui. Il fallait oser, d’autant que, comme ses prédécesseurs, il a grandement aidé le patronat à imposer les conditions de travail les plus pénibles, que bien des travailleurs se voient contraints d’accepter sous peine de chômage.

Une telle manœuvre ne suffira sans doute pas pour faire passer sa réforme. S’il est une chose à souhaiter pour la nouvelle année, c’est que cette détermination fasse ravaler sa morgue à Macron, et que le monde du travail commence à rendre enfin les coups.

Jacques Le Gall