Finance : des sommets vertigineux au prochain krach

07 Janvier 2020

L’année 2019 a été exceptionnelle pour les marchés financiers. Pourtant l’économie réelle continue de se casser la figure.

Cette année, d’après un spécialiste de la finance, « les marchés ont enregistré des performances hors norme ». En effet les chiffres sont impressionnants. L’indice de la Bourse de Paris a augmenté de 28 %, celui de la Bourse de New York de 23 %. Et, par exemple, les actions du groupe de luxe LVMH, dont le propriétaire est Bernard Arnault, le deuxième homme le plus riche du monde, ont augmenté de 62 %.

Mais, si de tels gains financiers ont été possibles, alors que la production s’essouffle voire recule, c’est parce que la finance, en absorbant des masses toujours plus gigantesques de capitaux, en prive justement l’économie réelle, qui est pourtant le seul endroit où ces capitaux peuvent contribuer à créer des richesses, grâce au travail humain.

Et puis, les grandes banques centrales mondiales, qui sont censées réguler la quantité d’argent en circulation dans l’économie, ont continué à ouvrir leurs vannes en grand. Ce n’est pas pour permettre au petit commerçant, au petit artisan ou au petit paysan d’avoir accès à un crédit pour empêcher sa petite entreprise de couler dans cette période de crise. Ceux-là, la finance les a étranglés par le biais de la dette, en les pressant comme des citrons avant de les laisser mourir. Si l’argent des banques centrales a coulé à flots, il a d’abord alimenté la finance. Comme l’avoue un autre expert financier interviewé dans la presse : « Les banques centrales ont mis les marchés financiers sous masque à oxygène. »

Cet argent a servi à la finance pour spéculer, c’est-à-dire pour miser comme on parie aux courses sur un cheval. Mais là, il s’agit d’actions d’entreprises ou d’autres produits financiers dont la valeur évolue « au gré des événements politiques et économiques, voire des Tweet de Donald Trump », comme a expliqué un autre analyste financier.

À côté de cela, les grandes entreprises ont réduit leurs effectifs, comme dans l’automobile, ou fermé des sites, comme General Electric à Belfort. Nombre de petites entreprises sous-traitantes, elles, ont mis la clef sous la porte. Les victimes ont été d’abord les travailleurs. Le chômage a touché toutes les branches de l’industrie et des services, et les seuls emplois qu’on trouve désormais sont quasiment tous des emplois précaires.

Aujourd’hui, au mépris de l’évidence, le gouvernement français ose dire qu’on ne peut pas trouver l’argent pour payer les retraites. Pendant ce temps, les marchés financiers battent leurs précédents records historiques, ceux qui dataient de 2007 ou 2008, c’est-à-dire juste avant leur effondrement d’il y a douze ans. En fait de prospérité, cela pourrait annoncer surtout l’arrivée d’un nouveau krach financier, qui serait encore plus dévastateur pour l’économie réelle que celui de 2008.

Pierre ROYAN