Évasion : Ghosn estampe la justice japonaise

07 Janvier 2020

Des barbouzes libanais et américains, un masque chirurgical, une malle percée de trous, des jets privés réglés à Dubaï, des menaces pour faire taire les témoins, un homme d’affaires turc opérant au Soudan, de la corruption et de l’influence à tous les étages : les ingrédients d’une série rocambolesque ont été réunis pour l’évasion de l’ex-PDG de Renault-Nissan-Mitsubishi, Carlos Ghosn.

Parti incognito, masqué, dissimulé aux contrôles, sans passeport, comme un truand professionnel, Ghosn a faussé compagnie à la justice japonaise pour se réfugier dans sa villa de Beyrouth au Liban, loin de toute menace d’extradition.

Celui qui fait gagner 33,7 milliards cumulés aux financiers actionnaires de Renault depuis sa nomination à la tête de l’entreprise en 2005, supprimant dans le même temps rien qu’en France 22 000 emplois, a certes dû abandonner dans sa fuite les 12 millions d’euros de sa caution. Mais, soupçonné qu’il est aux États-Unis d’une malversation de 300 millions d’euros, c’est une bagatelle pour l’ancien « tueur de coûts », comme le qualifiaient ses pairs, reconnaissant surtout en lui le tueur d’emplois. Grâce à ses plans dits de compétitivité de 2013 et de 2016, il avait transformé les voitures en or pour les « investisseurs » et les usines en enfer pour les ouvrières et les ouvriers. Conditions de travail de plus en plus pénibles et dangereuses, précarité des emplois, salaires bloqués en position basse, voilà le quotidien de ceux que font maintenant sourire les exploits du bourgeois sans papiers.

Quant aux fortunes accumulées grâce au travail des quelque 180 000 salariés de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, elles ne l’ont pas été par les méthodes d’un gentleman cambrioleur à la Arsène Lupin, mais par celles très brutales de l’exploitation.

Viviane LAFONT