Inde : contre la discrimination et la répression

26 Décembre 2019

Depuis le 11 décembre, une loi proposée par le parti du Premier ministre indien, le BJP, et votée par le Parlement, provoque des manifestations rassemblant des dizaines de milliers de personnes. La répression policière de ces manifestations a déjà fait 25 morts et des dizaines de blessés.

Cette loi modifiant la citoyenneté – Citizenship Amendment Act (CAA) – est censée faciliter la naturalisation d’immigrants fuyant les persécutions religieuses dans les pays voisins du Bangladesh, du Pakistan et d’Afghanistan. Mais les dispositions de la loi s’adressent aux minorités hindoue, chrétienne, bouddhiste, jaïniste, parsi et sikh, à l’exclusion des musulmans, sous prétexte que ces derniers ne sauraient être persécutés dans des pays musulmans.

Le CAA a donc indigné nombre d’Indiens, et pas seulement de confession musulmane, par son caractère discriminatoire, visant à diviser encore plus la population.

Depuis leur arrivée au pouvoir en 2014, le parti nationaliste hindou BJP et le Premier ministre Narendra Modi jouent sur les préjugés de la fraction hindouiste pour faire passer leur politique antiouvrière et les attaques contre les plus pauvres. Cela n’a fait que se renforcer depuis leur victoire aux élections du printemps dernier.

La loi CAA apparaît comme une étape supplémentaire, au demeurant provocatrice, dans la discrimination à l’égard des 14 % d’Indiens de confession musulmane, soit 201 millions sur 1,3 milliard d’habitants du sous-continent , et dans la volonté de jouer la division.

L’intérêt du gouvernement est aussi, et surtout, de détourner l’attention populaire des promesses de campagne non tenues, de la croissance économique en berne (5 % en 2019 au lieu des 6,1 annoncés), de la corruption du pouvoir à tous les niveaux, du chômage (9 millions d’emplois supprimés en six ans) et de la pauvreté qui continue de toucher 800 millions de personnes, contraintes de vivre avec moins de 2,5 euros par jour.

Suite à la répression meurtrière contre les manifestants, notamment contre les cortèges étudiants, la colère des manifestants, partie du Nord-Est mais exprimée ensuite dans les principales villes du pays, va au-delà de l’opposition à la loi. L’annonce par Modi, le 22 décembre, d’une campagne destinée à convaincre, en rencontrant des millions de familles, en organisant des rassemblements à travers le pays et en tenant des dizaines de conférences de presse, ne semble pas avoir découragé les manifestants, qui se sont rassemblés dès le lendemain à Delhi et ailleurs.

Viviane LAFONT