Les vautours veulent leur part

11 Décembre 2019

En juin dernier, le premier fonds d’investissement mondial, BlackRock, a publié un rapport donnant ses recommandations pour la rédaction des décrets en cours de publication de la loi Pacte.

Dans son introduction, ce rapport constate que, malgré la création en 2003 de régimes d’épargne retraite individuels et collectifs, ces produits n’ont drainé que 130 milliards d’euros en 2017, alors que l’assurance-vie par exemple en a collecté 1 600.

Pour augmenter cette épargne, BlackRock recommande de baisser les pensions de retraite et de profiter de l’inquiétude de la population sur la possibilité même d’en avoir une.

La volonté de tels fonds d’investissement a été bien évidemment entendue par le gouvernement. Depuis le 22 mai 2019, la loi Pacte facilite l’accès aux produits financiers d’épargne retraite proposés par les assureurs, les gestionnaires d’actifs et les fonds de retraite professionnels, et prévoit une série de mesures dans ce sens.

Par exemple, les entreprises qui abonderont des produits d’épargne collective seront exonérées d’impôt sur ces opérations. Les épargnants, eux, sont incités à transférer leur assurance-vie vers les plans d’épargne retraite grâce à certaines conditions avantageuses. Pour rassurer les futurs retraités devant ces placements à risque, un dispositif de gestion piloté est prévu par le gouvernement.

BlackRock souhaite que la création de tels produits de placement soit rendue obligatoire, de la même façon que la loi ANI (Accord national interprofessionnel) avait imposé l’adhésion à une complémentaire santé, prétendument au nom de la protection des plus pauvres. Ce fonds d’investissement a encore d’autres revendications, comme d’augmenter la part de placement et sa durée, de favoriser l’épargne une fois l’épargnant à la retraite et bien d’autres choses.

BlackRock et ses pairs ont déjà été entendus et continueront à dicter la politique du gouvernement, d’autant plus que le haut commissaire aux Retraites, Jean-Paul Delevoye, a été dressé à leurs demandes depuis 2016 en siégeant au conseil d’administration de leur institut de formation de la profession de l’assurance.

Derrière le gouvernement se tiennent ainsi des capitalistes acharnés à spéculer même sur les maigres économies que les travailleurs pourraient être contraints à réaliser dans l’espoir de s’assurer une retraite.

Inès Rabah