Bobards gouvernementaux à gogo

03 Décembre 2019

Pour faire accepter la réforme des retraites, gouvernement et médias déploient une batterie d’arguments qui sont autant de tromperies.

Ainsi, selon les ministres, « la retraite par points, c’est simple ». Mais cette simplicité recèle un piège. Dans les pays où ce système existe, une formule mathématique fixe le montant des pensions. Cette formule peut dépendre du PIB et de l’espérance de vie, etc. En Suède, la crise financière de 2008 a fait baisser mécaniquement le point. La retraite par points serait un chèque en blanc signé au gouvernement.

Le gouvernement prétend aussi que cette retraite par points serait plus juste. C’est faux ! Aujourd’hui, la base de calcul de la retraite, ce sont les 25 meilleures années dans le privé et les six derniers mois dans le public. Avec la retraite par points, la base de calcul, ce sera toute la vie active, y compris les emplois mal payés, les petits boulots, etc. La pension baissera mécaniquement. Les plus hauts salaires continueront de donner droit à des retraites plus élevées. Quant aux ouvriers, aux employés, aux manutentionnaires, aux agents des Ehpad, tous ceux qui sont mal payés tout au long de la vie auront une retraite de misère.

On entend répéter à longueur de temps que, l’espérance de vie augmentant, il faudrait travailler plus longtemps. Cet argument faussement scientifique ignore le fait que l’espérance de vie en bonne santé n’augmente plus en France et qu’elle est très inégale. Celle des cadres est de dix ans supérieure à celle des ouvriers. À 35 ans, un ouvrier a une espérance de vie sans incapacité de 24 ans, un cadre supérieur de 34 ans. Et si l’espérance de vie a augmenté, la quantité de richesses produites par salarié a augmenté encore plus vite. Ces richesses supplémentaires ont été accaparées par les entreprises et par leurs actionnaires.

Le gouvernement explique que les régimes spéciaux sont déficitaires et que ce sont les autres salariés qui cotisent pour les cheminots.

Le régime spécial des cheminots est déficitaire : on ne compte plus que 140 000 cotisants pour 250 000 pensionnés. Mais c’est parce que la SNCF a réduit drastiquement ses effectifs. Les cheminots n’y sont pour rien !

Si l’État, et non les autres caisses de retraite, renfloue la caisse des cheminots, ce n’est rien à côté de ce qu’il donne au patronat. Aujourd’hui, il distribue chaque année 20 milliards d’euros de subventions faisant suite au CICE, 6,5 milliards d’euros en Crédit d’impôt recherche aux entreprises, et il a supprimé l’ISF (4 milliards d’euros). Alors, ceux qui coûtent cher sont les capitalistes !

Le gouvernement cherche à diviser les travailleurs et prétend que seuls les régimes spéciaux sont concernés, les autres salariés n’auraient rien à craindre. Mais c’est un grossier mensonge ! Tout le monde est concerné par le passage à un régime universel par points. Le gouvernement insiste sur les régimes spéciaux, pour dresser l’opinion contre les cheminots et les agents de la RATP. Mais cette réforme s’appliquera à tous les salariés.

Enfin, plusieurs ministres ont déclaré que la grève du 5 décembre était infondée, car on ne sait pas encore ce que sera la réforme. Mais elle a été détaillée en juillet dernier en 132 pages dans le rapport préparé par le politicien de droite Jean-Paul Delevoye, devenu depuis haut-commissaire à la réforme des retraites. Conformément aux vœux du grand patronat, c’est une réforme qui vise à faire travailler les salariés plus longtemps, pour des pensions réduites.

Michel BONDELET