Iran : le mécontentement explose contre le régime

27 Novembre 2019

La réouverture partielle des réseaux Internet, après cinq jours de coupure par le régime, révèle la brutalité de la répression contre la population iranienne, en révolte contre la hausse du prix de l’essence. Amnesty International a recensé 143 morts, quand d’autres sources en évoquent près de 200.

Tirs à balles réelles, snipers sur les toits, tirs depuis des hélicoptères : les pasdaran, gardiens de la révolution islamique, ont utilisé des méthodes de guerre contre la population. Au moins 4 000 manifestants ainsi que des dizaines de militants connus pour leur opposition au régime ont été arrêtés. Des blessés n’ont évité l’arrestation que grâce à l’intervention de particuliers qui les ont recueillis et cachés. Des juges spéciaux ont été désignés pour renforcer les tribunaux, qui s’apprêtent à prononcer des condamnations à mort.

La brutalité de la répression est à la hauteur des craintes des dirigeants de la République islamique. La révolte a touché des dizaines de villes dans tout le pays, y compris Téhéran, les régions perses comme celles majoritairement arabes ou kurdes, à l’ouest du pays. Des centaines de milliers de personnes se sont révoltées, et non pas « une minorité d’anarchistes manipulés par les États-Unis ou l’Arabie saoudite », comme le répète le pouvoir, qui tente de mettre en scène des manifestations patriotiques du « vrai peuple ». Si la hausse des prix, ceux du carburant et ceux de tous les produits de première nécessité devenus inaccessibles avec l’embargo américain, a été le déclencheur, les manifestants ont très vite dénoncé le régime lui-même, prenant pour cible ses symboles. Certaines manifestations sont restées pacifiques, comme la paralysie géante de grandes villes par des automobilistes. D’autres se sont transformées en émeutes. Des dizaines de commissariats de police, de banques, de centres commerciaux appartenant aux pasdaran ou à la famille de l’ayatollah Khamenei ont été incendiés.

La révolte en Iran est d’autant plus menaçante pour le régime des mollahs qu’elle entre en résonance avec celle des Irakiens. En Irak, les manifestants dénoncent les parrains iraniens du gouvernement en place à Bagdad. Ils conspuent le général Soleimani, qui commande la force iranienne d’intervention extérieure déployée de l’Irak au Liban en passant par la Syrie. En Iran, les manifestants dénoncent les millions dépensés par le pouvoir pour mener ces mêmes interventions extérieures. Et les manifestants irakiens ont applaudi ceux d’Iran !

En Iran comme en Irak, la révolte des classes populaires victimes de la vie chère, des pénuries, de la pollution massive, de la corruption généralisée, prend pour cible les politiciens à portée de caillou et les régimes en place. Après 40 ans d’existence, la République islamique d’Iran montre des signes d’usure. Sa base populaire s’est affaiblie. La dénonciation des États-Unis et le nationalisme, utilisés sans limite pour souder les couches pauvres derrière les mollahs, ne suffisent plus à faire oublier la dure vie quotidienne. Mais, au-delà des ayatollahs ou des riches commerçants de Téhéran, les bazaris, les travailleurs d’Iran, comme ceux d’Irak, sont d’abord victimes de la domination du Moyen-Orient par les puissances impérialistes. Pour piller cette région et maintenir leur tutelle, elles ont soutenu les pires dictateurs, Reza Pahlavi au pouvoir en Iran avant 1979 ou Saddam Hussein en Irak, renversé quand il n’a plus été assez docile. Aujourd’hui, alors que la crise économique fait rage, Trump affame les Iraniens pour tenter de faire plier la République islamique et de la remplacer par un régime à sa solde. Il n’est pas sûr pourtant qu’il aurait à se réjouir de la chute de ce régime, aussi réactionnaire pour les femmes qu’il est féroce avec les travailleurs, car un pouvoir réellement contrôlé par ceux-ci chercherait inévitablement à mettre un terme à la domination impérialiste.

Xavier LACHAU