Grèce : des prisons contre les migrants

27 Novembre 2019

Après avoir durci la loi sur l’obtention du droit d’asile, le gouvernement grec de droite de Kyriakos Mitsotakis a décidé de remplacer les camps de migrants surpeuplés, dans les îles de l’est de la mer Égée, par des structures fermées où les réfugiés attendront que l’on statue sur leur sort, sans avoir le droit de sortir. Ils seront ensuite soit relocalisés en Grèce soit renvoyés en Turquie.

Il s’agit selon Mitsotakis de mettre fin au laxisme du précédent gouvernement de Tsipras, et d’envoyer un message clair pour dissuader ceux qui savent qu’ils ne pourront pas obtenir l’asile.

Dans trois des cinq îles visées par le projet gouvernemental, Lesbos, Samos et Chios, les camps sont particulièrement épouvantables. Ils concentrent à eux trois 27 000 migrants, pour une capacité maximum de 4 500 personnes. Les conditions d’hygiène sont catastrophiques, la violence quasi permanente, les risques d’accidents très fréquents : le 29 septembre un incendie a dévasté toute une partie du camp de Moria à Lesbos.

Malgré l’approche de l’hiver, 10 000 réfugiés supplémentaires sont arrivés en six semaines. Le gouvernement a commencé à faire de la place en évacuant une partie des occupants des camps. Ils devraient être 20 000 sur le continent d’ici la fin de 2019. En même temps, au cours de l’année 2020, après avoir été déboutés du droit d’asile dans des procédures rapides, voire expéditives, 10 000 autres devraient être renvoyés en Turquie, dont le gouvernement les expulse vers des zones de guerre, comme l’ont dénoncé de nombreuses ONG. Les camps grecs actuels pourraient alors être transformés en « prisons modernes », selon les termes d’Amnesty International.

La situation est dramatique, quasi inextricable, mais la politique de Mitsotakis est une infamie : il flatte une partie de l’électorat xénophobe et nationaliste, qui appréciera sa volonté de protéger les frontières, en recrutant 800 nouveaux gardes-côtes dans les îles et 400 sur terre face à la Turquie. Le résultat n’aboutira sans doute qu’à rajouter des camps aux camps, et probablement dans les mêmes lieux, comme s’y attendent les habitants des îles en question.

Tout aussi infâme est la politique de l’Union européenne et des gouvernements qui la composent. Ce sont eux, et le gouvernement français n’est pas le dernier, qui rejettent sur les pays du Sud plus pauvres, l’Espagne, la Grèce, l’Italie, la charge de sauver et d’héberger les migrants.

Fauteurs de guerre et de misère, ces gouvernements sont les responsables de cette catastrophe humanitaire, qui s’achève souvent en Méditerranée, et plus souvent devant des murs aux frontières d’une Europe qui protège les riches par peur des pauvres.

Sylvie MARÉCHAL